LOUIS  LE MALGACHE

LOUIS LE MALGACHE

Tragédie en 5 actes de Luc Zanatan, dédiée à mon ami Louis.

« Vous regrettez votre amie, mais faites comme le bœuf ; il mugit de tristesse, et en même temps il mange de l’herbe. Il ne se contente pas d’être malheureux » Proverbe malgache cité par Jean Paulhan « Le repas et l’amour chez les Mérinas » Editions Fata Morgana 1970, illustrations de Bernard Dufour.

LES ACTEURS :

La Grande Ile :  Madagascar, la culture malgache, l’âme malgache.

Johnny Greenpeace représentant de l’ONG « Vaincre La Faim ou VLF international »

Zǐhán  Fù attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

Rakoto Joseph mécano, cousin de Louis

Delatourdenèfles Pierre-Henri, ambassadeur du Canada à Madagascar

Elise jeune femme malgache maître assistante en économie

Miguel Thegasy, prêtre protestant

Louis malgache vivant en France

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

Elysée Randriamajusticeasoa, étudiant, fils du ministre de la Justice

Ulysse Gougoune entrepreneur canadien associé de 

Wu Tech Chu entrepreneur chinois 

Manara Penitra devin sorcier des hauts plateaux 

Voilà, j’ai fait mon casting et maintenant l’intrigue bien malgache. De temps en temps un petit air de valiha, ou de flûte, malgache bien entendu, la flûte. 

Les lieux, et décors : 

Betafo :                  Une case entourée d'un bout de terrain, quelques arbres 

Tananarive :           Bureau du ministre de la Justice style malgache

                               Studio de l’étudiant fils du ministre style très malgache

                               Salle de réunion ambassade de Chine style chinois

                               Salle de réunion ambassade du Canada style ikea

PHOTOGRAPHIES ABSENTES: allez voir les photographies de Pierrot Men, sur son site. Il est le meilleur ambassadeur de Madagascar. 

Bienvenue à bord !

                               

ACTE I 

SCENE 1

Une case de village, (Betafo) vue de l’extérieur, petite, sombre car noircie par la fumée, très pauvre, quelques calebasses dans un angle et un coin pour le feu de la cuisson des aliments. Il fait nuit. 

Assis sur une natte très abîmée, en raphia, un vieil homme joue avec des conques (coquillages) ; il en a une douzaine qu’il contemple longuement et repose avec précaution dans un tissu ; puis les ayant toutes regroupées il fait un nœud et place le tout dans une petite sacoche très usée en cuir qu’il tient accrochée à son épaule. Il lève la tête observe les spectateurs l’air soucieux, enfin il se couche sur le côté. La nuit envahit la scène. Silence, une minute passe. Puis on entend le cri de l’Aye-aye petit lémurien qui a un cri très spécifique. Les Malgaches pensent qu’il porte malheur. Le vieil homme se redresse, écoute, hoche de la tête, regarde à l’extérieur, puis tire le rideau de la porte d’entrée, et se recouche. Une minute passe.

Une ombre féminine apparaît à l’extérieur, elle s’approche de l’entrée de la case, elle ouvre un peu le rideau, se penche, et l’on entend un chuchotement :

« Manara, c’est fait ? Tu l’as fait ? »

Une voix, celle du vieil homme répond : « Va, c’est fait ».

L’ombre se redresse et s’enfuit dans l’obscurité.

Silence

 

 

ACTE I

SCENE 2

Le jour s’est levé. Devant sa case le vieil homme parle tout seul.

« Je n’aime pas faire le mal mais je suis sorcier, c’est mon devoir. Si je ne défends pas ma famille, mon peuple, mon village, nos zébus, qui les défendra ? » 

Arrive Louis

Bonjour Louis, tu es revenu et tu ne veux plus repartir j’ai l’impression, quel plaisir de te revoir. Je sais que tu aimes tellement le pays, bois ce thé avec moi ; que fais-tu ici ce matin ? »

Louis

« Bonjour Mon oncle, avez-vous bien dormi ? J’ai entendu le cri de l’Aye-aye cette nuit et j’ai pensé : ah voilà mon oncle le devin qui travaille quand tout le monde dort »

Manara Penitra

« Ah, tu as reconnu le cri de l’Aye-aye ! Tu es resté un vrai Malgache malgré tes années à l’étranger. Je te félicite.

... 

Oui, tu as bien deviné, j’ai travaillé pour notre village cette nuit. Ne raconte pas que tu as entendu le cri de l’Aye-aye. Ceci est mon affaire » 

Louis

« Je ferai comme vous me le demandez, mon oncle »

Manara Penitra

« Merci mon fils, toujours respectueux. Je suis ton oncle, un dadabe, et un devin tu me dois le respect trois fois (en riant) ; mais je n’ai pas besoin de te le rappeler tu es un Malgache qui garde mieux nos coutumes que ceux qui sont restés ici. Je garde mes pouvoirs, et mon pouvoir de devin mais quant à nos coutumes, je ne peux rien y faire… »

Louis

« Mon oncle, je n’oublie pas le village ni les coutumes. Je souffre un peu chaque fois, quand je reviens, de voir que nos coutumes disparaissent toutes : plus une femme ne porte le lamba par exemple !

Manara Penitra

« Tu souffres « un peu » cela veut dire que tu es bien malheureux, et tu as raison. Il n’y a plus que les acteurs de Kabary pour s’habiller en costume traditionnel et encore, ils sont bien usés leurs costumes de théâtre, et les zébus comment tu les trouves, Louis ? » 

Louis

Je les trouve maigres.

Manara Penitra

Et nos zazakely ? 

Louis

Je vois leurs gros ventres.

Manara Penitra

Et quand tu vois ces ONG dans le village que penses-tu ? 

Louis

« Qu’ils sont plus nombreux que les zébus. Je les ai vus au marché samedi.  Que viennent-ils faire ici si nombreux dans leurs 4x4 tout neufs, ces étrangers, nous ne mourrons pas de faim dans le village ?»

Manara  Penitra

« Ah mon fils tu as remarqué leurs belles autos !  J’en étais sûr, tu t’es toujours intéressé aux voitures, à la mécanique, aux moteurs ! Avant de repartir regarde ma vieille 4L si tu peux, elle tousse, comme moi !  

Non nous ne mourrons pas de faim, je te rassure, mais du progrès. Ces organisations ? Elles sont partout à Madagascar, c’est tellement beau, du nord au sud. Elles viennent soigner les méfaits du progrès, et se bronzer grâce à notre stupidité, enfin, celle des grands dirigeants, je veux dire. 

Elles viennent soulager notre misère, mon ami, et soulager leur mauvaise conscience. Etudie- les, tu verras, ils sont écologistes, propres, polis. Ils nous aiment. Ils nous aiment, ils aiment tout à Madagascar, sauf notre corruption.  Mais sans notre corruption qui nous tue, pas de boulot pour eux ! 

Louis

« Nos politiques sont responsables de notre pauvreté totale » 

Manara Penitra

« Oui Louis, mais pour faire de la politique ici, il faut de l’argent et pour avoir de l’argent, il faut être un crocodile. Nous votons donc toujours pour des crocodiles gras ou encore un peu maigres qui veulent s’engraisser rapidement et apprennent vite les circuits de l’argent facile. 

Ensuite, comme par malheur, leurs femmes n’enfantent que des malins et des cupides, des zazakely crocodiles naturellement. Quand donc une femme enfantera enfin un crocodile honnête dans ce pays ? Jamais ? Alors que c’est la solution, seule l’élite peut tuer l’élite Louis ! 

La fin de nos coutumes par exemple vestimentaires dont on parlait tout à l’heure, Louis, est le reflet de la mort de notre culture, et bientôt de notre âme malgache.

Tu as bien fait de rester en France, après tes études, Louis, et d’y vivre avec ta femme et tes filles, même si tu serais tellement heureux ici, mais il n’y a pas de présent ni d’avenir valable ici, sauf si tu es ONG, ou musicien, ou banque mondiale, ou haut fonctionnaire bien corrompu, ou pute de luxe ou Chinois » 

Louis

« En France mon oncle, il y a aussi beaucoup de problèmes, je t’expliquerai un jour, en attendant je vais regarder ta 4L »

Manara Penitra

« Non, Louis, laisse tomber ma 4L, ne reste pas dans le village, des évènements ennuyeux s’annoncent. Je te le dis. Je ne veux pas que tu sois mêlé à ces affaires.

Tu as de l’argent, un travail en France, ta famille en France. L’administration, les juges aiment trop les gens comme toi, vulnérables comme des poussins. » 

Louis

« On cherche des terres rares ici, j’ai vu les trous et des zébus estropiés. ».

Manara Penitra

« Oui, les terres rares …notre tranquillité est finie avec ces terres rares. Tu as vu ce que Ilalaka est devenu à cause du saphir ?  Nous deviendrons pareil s’ils trouvent du minerai. L’administration, elle est déjà experte en corruption en période de pauvreté alors si le village devient riche, c’est notre mort ». Je te le répète retourne à Tana ici c’est dangereux. »

Louis

L’administration ne peut rien me faire j’ai un passeport français aussi »

Manara Penitra

« Un œuf ne se bat pas contre une pierre. Le président qui maintenant a lui aussi un passeport français, a mis en prison des français bien plus puissants que toi, attention ; ne dis rien de ta pensée à des inconnus, rentre à la capitale, marche la tête haute comme si tu étais puissant, ne parle à personne, essaye de ne pas parler politique ni avec Miguel ni avec ta cousine. »

Louis

« Elise ? »

Manara Penitra

« Oui Elise, ne lui parle pas, tu te mets en danger si tu le fais. Et, elle a de gros problèmes, et je ne pourrai tuer tout le monde pour la sauver, te sauver aussi, tu comprends, est-ce que tu comprends Louis ? Fuis, Louis, laisse tomber ma 4L Louis je te le demande ; Elise est la prunelle de mes yeux comme disent les français, alors laisse la tranquille, elle trouvera son chemin, tu peux parler avec Miguel si tu veux, mais fais attention quand-même »

Il se lève embrasse Louis et pa

 

ACTE I

SCENE 3

Louis en aparté

« Qu’est ce qui se passe ? »

Arrive une femme habillée à l’européenne, en jeans.

« Bonjour Louis, tu n’as pas vu Manara ? »

Louis

« Si justement, il vient de partir mais dis-moi qu’est ce qui se passe Elise ? Il m’a interdit de te parler, il m’a dit que cela mettrait ma vie en danger »

Elise

« Il t’a interdit de me parler ?  A moi, ta cousine ? Il a dit que cela mettrait ta vie en danger ? Il est devin, il ne parle pas pour rien. Louis je ne t’ai pas vu depuis des années, c’est triste, que t’a-t-il dit d’autre Manara ? « 

Louis

« Rien »

Elise

« Est-ce que tu sais que j’ai un champ ? »

Louis

« Oui bien sûr.  Tu es professeur, et tu possèdes des zébus, je le sais depuis longtemps »

Elise

« Oui je suis assistante à la faculté des sciences, j’ai hérité de ce champ et je le garde pour faire paître les zébus du village et les miens j’en ai quinze. Mais tu n’es pas encore au courant de tout, tu viens d’arriver »

Louis

« J’ai vu les trous et Manara m’a raconté. »

Elise

« Donc tu as traversé mon champ près de la cascade, pour venir et tu as vu les trous de 3 m de profondeur, partout ? »

Louis

« Oui, j’ai vu les trous et les traces des engins de chantier, mais je ne savais pas que c’était ton champ ».

 

Elise

« Mon champ, je leur ai permis des forages, et maintenant ce n’est plus mon champ, c’est une terre pleine de trous remplis d’eau comme celle que décrivaient les soldats qui sont revenus de la guerre de 14-18, où mes zébus tombent la nuit et le jour, c’est la guerre dans mon champ, ils ne respectent rien ces Chinois, je vais les tuer »

Louis

« Eh, Elise, calme-toi. Est-ce que je peux t’aider ? » 

Elise

« Manara Penitra m’aide déjà, à la Malgache, avec ses coquillages et ses formules. Tu as entendu ce qu’il t’a dit ne te mêle pas de ça. Voici l’hélicoptère des Chinois. 

Veloma rentre à Tana ou à Paris comme tu veux, mais ne reste pas ici avec moi mon cousin, il a raison finalement Manara, on va chercher à savoir qui tu es si on te voit avec moi, et tes ennuis peuvent commencer, file ! ».

Louis s’en va en aparté

« Ah ! C’est donc Elise qui est allée voir Manara Penitra, je vais suivre leurs conseils à tous les deux et rentrer à Tana tout de suite. J’irai voir mon cousin, Rakoto, et Miguel qui a fait ses études avec moi, mais avant je vais jeter un coup d’œil à la 4L de Manara, c’est une antiquité celle-là, elle a dû connaître les Français. 

 

 

ACTE I 

SCENE 4

D’un hélicoptère qu’on entend vrombir, descendent deux personnes courbées qui se dirigent vers Elise. L’une d’entre elles est visiblement très souffrante.

Ulysse Gougoune  

« Madame Elise, on nous a averti que vous étiez au village alors nous avons pensé qu’on pouvait venir parler avec vous, nous sommes basés à Antsirabé ce n’est pas loin et cela nous évite d’aller à Tananarive. En plus, ici c’est le site de forage donc on est au cœur du sujet pour prendre les décisions.  Je vous présente Monsieur Wu Tech Chu mon associé »

Elise

“ Vous avez bien fait il faut qu’on se parle en effet, vous avez vu les trous d’en haut ?»

Wu Tech Chu  

« On sait, on a vu, mais vous devez arrêter la mauvaise publicité pour notre travail dans votre champ, voilà notre première demande urgente, et nous pouvons payer aussi pour les trous, si on est d’accord sur le prix »

Ulysse Gougoune  

« Doucement Monsieur Wu s’il vous plaît.

Madame Elise, nous allons trouver un accord nous devons discuter, nous expliquer tout se règle avec la discussion, n’est-ce pas ? Ça ne va pas mieux ?  (Car Monsieur Wu fait la grimace et se tord de douleur) »

Elise (avec un grand sourire) 

« Monsieur Wu, vous êtes malade ? »

Wu Tech Chu  

« Oui, depuis matin, beaucoup mal au ventre, je ne comprends pas moi pas manger ni boire malgache, seulement produits chinois »

Elise

« Bon eh bien soignez-vous chinois aussi ! »

Ulysse Gougoune  

« Et moi, j’ai une migraine incroyable depuis ce matin »

Elise

« Eh bien soignez-vous canadien et en attendant, rebouchez tous les trous sinon je continue mes lettres au Ministre de la justice et payez moi 5 zébus qui sont tombés dans vos trous et qui boitent maintenant. Il me faudra donc les abattre avant qu’ils soient au bon poids »

Ulysse Gougoune  

« Ok pour reboucher les trous, le mois prochain quand on reviendra avec nos engins pour retourner au garage avant la saison des pluies, pour les zébus cent euros par bête »

Elise

« Non, Il faut boucher les trous maintenant  sinon d’autres zébus vont encore tomber dans les trous en attendant que vous reveniez; pour les cent euros c’est d’accord »

Wu Tech Chu entrepreneur chinois 

« Femme malgache pas décider pour les engins, nous décider mois prochain pour reboucher tous les trous, quand forage terminé complet pas avant, pas négociable »

Ulysse Gougoune 

« Mon associé n’est pas d’accord, on paye les 5 zébus maintenant et on revient dans un mois avec les engins, on a encore des forages à faire. »

Elise

« Alors vous payez d’avance pour dix zébus supplémentaires qui vont tomber dans vos trous ; ça fait 15 fois 100 euros égale 1500 euros cash maintenant »

Wu Tech Chu entrepreneur chinois 

« Jamais payer en avance, payer 500 maintenant. D’abord pas sûr nouveaux zébus tomber, et boucher trous dans un mois »

Elise

« 1500 maintenant »

Wu Tech Chu

« Non trop cher, 1000 euros pour 15 zébus et fini »

Ulysse Gougoune 

« Ok ? »

Wu Tech Chu

« Ok pour 1000 ? » 

Elise

Elle ne répond pas les laisse sur place et s’en va.

Ulysse Gougoune 

« Tu es trop dur en affaires Wu, tout cela va nous retomber dessus alors qu’on pouvait terminer cette affaire, il faut se mettre à leur place, leurs zébus c’est comme leur famille, j’ai un mauvais pressentiment, nous ne la reverrons plus cette fille et personne ne peut la raisonner c’est sa terre, merde à la fin, tu devrais le savoir, les paysans sont les mêmes partout dans le monde : leur terre, leur terre, leurs bêtes et toi tu ne comprends pas ça ? »

Wu Tech Chu

« Le ministre va lui dire qui est patron des affaires de terres rares, et qui commande sur sa terre, les mines ou les zébus ». 

Ulysse Gougoune 

« On va souffrir à cause de toi, j’en suis sûr. D’ailleurs je crois que ça a déjà commencé. Bon on s’en va le pilote d’hélicoptère est pressé, il nous appelle »

Wu Tech Chu

« Toi toujours inquiet, partons ! On va souffrir quoi ? Grève des zébus ? (Il rit). Et si problème j’appelle ambassadeur chinois, lui parler avec ministre et ministre avec président alors quel problème ? Cette fille paysanne, rien du tout. »

Ulysse Gougoune 

« Tu verras, tu ne comprends rien au pays.  Je crois que je ferais mieux de te revendre ma part et de rentrer au Canada, je sens que je vais crever ici »

Wu Tech Chu

« Tu dis ça parce que maintenant tu sais :  pas terres rares ici »

Ulysse Gougoune 

« La messe n’est pas dite, on n’a pas tout foré encore, mais tu es trop dur en affaires. Plus dur que les canadiens, dans le marché minier, c’est pourtant difficile » 

Wu Tech Chu

« « La messe pas dite » je ne comprends pas ? »

Ulysse Gougoune 

« C’est une expression française pour dire que tout n’est pas encore fini, il nous reste encore un bon  hectare à sonder alors on ne sait jamais ».

Wu Tech Chu

« Ah toi veut parier, pas minerai ici, 100 dollars ! »

Ulysse Gougoune 

« Tu m’emmerdes à vouloir parier tout le temps, va dégueuler avant de monter dans l’hélico et ferme-la, j’ai trop mal à la tête »

Wu Tech Chu

« Ok moi rachète ta part et fini mal de tête »

Ulysse Gougoune 

« En route ! Il va falloir que je tienne au courant de cet incident mon ambassade et si tu connaissais l’ambassadeur, tu plaisanterais un peu moins »

Wu Tech Chu

« Si toi connaître attachée d’ambassade chinoise, toi aimer beaucoup, mais trop cher pour toi, sauf si on trouve terre rare, alors bouge ton cul pour qu’on trouve terre rare ! »

Ulysse Gougoune 

Hausse les épaules et s’en va suivi de Wu Tech Chu 
 

 

ACTE II 

SCENE 1

 

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Bonjour Monsieur Joseph, vous nettoyez encore cette voiture, mais elle est déjà très propre ! »

Rakoto Joseph mécano 

« Oui Madame l’ambassadrice je veux que votre voiture soit la plus belle de toutes les voitures des ambassadrices »

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Monsieur Joseph, je ne suis pas ambassadrice, je suis attachée à l’ambassade comme une secrétaire vous savez, je suis une employée, donc ne vous trompez surtout pas devant l’ambassadeur, il serait très fâché et moi je perdrais la face ; appelez-moi Madame Fù, c’est tout »

Rakoto Joseph mécano 

« D’accord Madame Fù « attachée de l’ambassade » c’est trop long, Madame Fù c’est facile, j’ai compris »

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Joseph, depuis combien de temps avez-vous quitté votre village de Betafo ? »

Rakoto Joseph mécano 

« Depuis cinq ans Madame. »

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Ah, et est-ce qu’il y avait un devin dans votre village ?

Rakoto Joseph mécano 

« Oui bien sûr, comme dans presque tous les villages, il y a un devin »

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Et comment on rencontre un devin si on veut être guéri d’une maladie ?»

Rakoto Joseph mécano 

« C’est très difficile Madame, le devin il ne dit pas qu’il est devin on doit connaître, on doit deviner ! »

Zǐhán  Fù attachée d’ambassade de Chine à Madagascar, elle rit puis : 

« Joseph, est-ce qu’un devin peut savoir si la maladie a été envoyée par un devin ? »

Rakoto Joseph mécano 

« Oui madame, le devin il comprend, il voit, il voit ce qu’il peut faire, mais je ne suis pas devin alors tout ce que je sais est qu’il est mieux de ne pas parler de ces choses, laisser devin tranquille bien pour tout le monde, pour vous pour moi, pour tout le monde »

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Merci Joseph, c’est tout ce que je voulais savoir, laissez cette voiture tranquille, vous ! Elle est propre et après cinq minutes de route elle sera rouge, pleine de poussière »

Rakoto Joseph mécano 

« Normal Madame Fù, Madagascar est l’île rouge ».

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« C’est vrai, alors en route, on va à l’ambassade du Canada, vous connaissez la route bien entendu ? »

Rakoto Joseph mécano 

« Oui madame, Monsieur l’ambassadeur aller beaucoup là-bas. »

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Alors allons-y et ensuite vous pourrez rentrer chez vous.

Je me souviens maintenant que vous hébergez votre cousin de passage et que vous devez donc préparer de bons repas malgaches pour lui car en France on ne mange pas de canard ni de ravitoto comme ici, pressons-nous Joseph !

 

 

ACTE II 

SCENE 2

 

Delatourdenèfles Pierre-Henri, ambassadeur du Canada à Madagascar (Dans son bureau) 

« Madame Fù permettez-moi de me présenter puisque c’est la première fois que nous nous rencontrons, et j’espère, pas la dernière, je suis Pierre-Henri, Delatourdenèfles ambassadeur du Canada à Madagascar. Je vous remercie d’être venue dans notre ambassade, et permettez-moi de vous présenter Monsieur Randriamajusticeasoa, qui est le ministre de la Justice de Madagascar » 

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

« Je suis très honoré Madame Fù »

Zǐhán Fù attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Moi aussi Monsieur le ministre. Monsieur L’ambassadeur de Chine m’a confié ce sujet, hier, en me disant qu’il ne veut plus en entendre parler à son retour de l’Ile Maurice, après-demain.  

Je ne connais qu’une seule chose de ce dossier : notre entrepreneur Monsieur Wu Tech Chu qui est l’associé de votre concitoyen canadien Monsieur Ulysse Gougoune dit qu’il a été empoisonné par un sorcier malgache du nom de Manara Penitra pour une histoire de zébus tombés dans les trous des forages qu’ils ont entrepris pour découvrir éventuellement des terres rares à Betafo.

Je ne pensais pas devoir régler ce type de problèmes, mon domaine étant la coopération militaire, mais pourquoi pas, que pensez-vous de cette affaire d’empoisonnement ?! »

Delatourdenèfles Pierre-Henri, ambassadeur du Canada à Madagascar

« Vous avez bien résumé Madame, nos interventions en effet peuvent être nécessaires dans des domaines très variés, économiques, militaires, culturels, car tout se tient ici, les affaires, les traditions, les ancêtres, les tabous et le tout baigne dans un art de vivoter en travaillant le moins possible qu’ils appellent le moramora. Dans le cas présent outre l’aspect coutumier folklorique, on parle de millions de dollars d’où notre réunion en présence bienveillante du ministre de la Justice, qui connaît naturellement bien mieux que nous les us et coutumes de son pays et ce village et ses habitants.

 Zǐhán Fù attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Je comprends, mais l’empoisonnement c’est normal ici dans les affaires ? »

Delatourdenèfles Pierre-Henri, ambassadeur du Canada à Madagascar

« Pour empoisonner il faut donner à manger ou à boire ce qui n’a pas été le cas. Les douleurs au ventre de Monsieur Wu Tech Chu et la migraine sévère de mon compatriote Monsieur Ulysse Gougoune doivent être néanmoins soignées de toute urgence mais l’important à sauvegarder est la réputation de nos entreprises et la continuation de l’activité. Monsieur le ministre que préconisez-vous pour sortir par le haut de ces deux sujets ? 

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

« Madame l’attachée militaire (c’est étonnant une attachée militaire ici non ? Bon passons), Monsieur l’ambassadeur, vous me voyez ennuyé. Vos entrepreneurs travaillent et se comportent avec désinvolture : on fait des trous énormes qu’on ne rebouche pas malgré les dispositions contractuelles claires, et on refuse de prendre en compte des solutions d’indemnisation raisonnables alors qu’on se déplace en hélicoptère à 2000 euros de carburant de l’heure. On accuse maintenant les villageois d’intention de tuer par empoisonnement, et pour couronner le tout, on parle en termes méprisants, quand on parle de la culture ancestrale de mon pays.  J’ai bien envie de vous laisser dans votre merde ».

Delatourdenèfles Pierre-Henri, ambassadeur du Canada à Madagascar

« Monsieur le ministre, veuillez nous excuser si nous vous avons froissé »

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

« Monsieur l’ambassadeur, vous êtes dans ce pays depuis trois années, et vous n’avez toujours pas compris notre mode de traduction verbale de nos émotions : quand un malgache vous dit comme moi il y a un instant qu’il est « ennuyé » ceci signifie dans la culture malgache qu’il est très en colère, une colère de niveau 7 ou 8 sur une échelle maximale de 10 pour que vous me compreniez bien.  A 10, vous êtes morts.

Vous ne m’avez pas « froissé » vous m’avez insulté sans le savoir. Je pourrais bien en effet en sortant d’ici demander à l’un de nos folkloriques devins de s’occuper de votre œsophage, ou de votre œil droit, qui louche en permanence vers le décolleté de Madame l’attachée…

Parlons peu mais bien : combien êtes-vous prêts à verser au village pour que tout rentre dans l’ordre y compris les boyaux de vos entrepreneurs ? 

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Nous devrions payer pour empêcher les assassinats d’honnêtes hommes d’affaires ? »

Delatourdenèfles Pierre-Henri, ambassadeur du Canada à Madagascar

« C’est une plaisanterie ! »

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

« Bon eh bien continuez de plaisanter entre vous je vous laisse, j’ai mon fils qui étudie dans les parages et je vais aller lui faire une surprise »

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Attendez monsieur le ministre de combien parlons-nous au fait ? »

Delatourdenèfles Pierre-Henri, ambassadeur du Canada à Madagascar

« Oui, de combien ? On va trouver une solution pour tout le monde, Monsieur le ministre, vous qui connaissez bien les coutumes ancestrales ou récentes quelle serait votre suggestion ? »

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

« Eh bien la coutume, maintenant, en euros, c’est 10000 pour tout le village, 10000 pour la jeune propriétaire, 10000 pour moi. Cinq zébus qui seront mangés et cinq bouteilles de rhum qui seront bues, et pour calmer leur devin que je connais effectivement un dénommé Manara Penitra ,  on dit « mpiasy » ( le devin) pour votre information) et qui est très expérimenté, je l’oubliais celui-là : 5000 euros suffiront. Faites le calcul, mettez tout cela dans une valise et appelez-moi. » 

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Mais nous n’allons pas céder à ce chantage ?  A quoi nous sert de vous demander d’intervenir monsieur le ministre, si c’est pour payer plus cher qu’avant ? »

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

« A vous apporter une solution complète madame l’attachée : vos entrepreneurs ont humilié la propriétaire du champ, une jeune femme moderne pourtant, ils ont rompu l’harmonie qui régnait au village le « Fihavana » nous appelons ça, et c’est très grave chez nous, ils ont détruit la flore qui est bien utile pour faire des potions médicamenteuses, et ils continuent de provoquer des fractures multiples aux zébus en ne bouchant pas leurs trous ; ils sont arrogants. On peut avoir tout pour rien avec nos paysans à condition qu’on les respecte et l’irrespect se paye cher, par la mort assez souvent » 

Delatourdenèfles Pierre-Henri, ambassadeur du Canada à Madagascar

« Monsieur le ministre, mon bras est fatigué à force de porter dans les bureaux pourris de vos fonctionnaires des valises pleine de billets » 

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

« Je vais faire jouer la clause de résiliation de ce contrat de concession de mines puisque vos entreprises ne respectent pas l’obligation de reboucher les trous, oui je crois qu’on va faire cela » 

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Monsieur le ministre pouvez-vous nous donner 24 heures ? »

Delatourdenèfles Pierre-Henri, ambassadeur du Canada à Madagascar

« Je vais en parler à votre Président »

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

« Expliquez-lui bien à mon Président, et observez bien sa réaction quand vous lui parlerez du « Mpiasy », du devin. 

Delatourdenèfles Pierre-Henri, ambassadeur du Canada à Madagascar

« « Mpiasy » c’est quoi ça ? »

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

« Je viens de vous le dire, demandez à Madame, qui a bien écouté elle »

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« J’expliquerai à Monsieur l’ambassadeur, Monsieur le ministre je vous remercie vivement de votre aide, je crois que nous sommes proches d’un accord »

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

« Enfin des paroles de bon sens je vous laisse compter les billets ensemble, aurevoir »

Delatourdenèfles Pierre-Henri, ambassadeur du Canada à Madagascar

« Mais pouvez-vous m’expliquer ? »

Zǐhán attachée d’ambassade de Chine à Madagascar

« Cinquante, cinquante, Monsieur l’ambassadeur, si vous tenez à trouver des terres rares, aurevoir et cessez de regarder mes seins, il a raison le ministre ».

 

ACTE II

 SCENE 3

Delatourdenèfles Pierre-Henri

« Mais quel pays de corrompus ! Jusqu’à l’os. La mère Zihan, elle ne se rend pas compte de l’énormité des sommes pour le pays … 10000 euros tous ronds, comme ça mais cela représente 100 mois de salaire d’un ouvrier qualifié ici : 100 mois, 8 années de salaire quoi !  Et cinquante cinquante ! Ils ne se sont toujours pas adapté ces Chinois ils continuent à travailler, à compter, en fonction de leur niveau de vie, pas en fonction du niveau de vie local, et question corruption ils s’en foutent complètement, ce qui compte c’est que le business avance.

 Il a oublié un truc dans sa solution miracle le ministre de la Justice : les deux entrepreneurs, ceux-là ils sont morts. J’ai fait semblant de ne pas comprendre mais ils peuvent faire leur testament. Sûr que je ne vais pas lui parler du « mpiasy » à leur président, déjà je ne vais pas lui parler du tout, sinon il va me demander 100000.

 Il va prendre du retard leur contrat de prospection et qui va gagner ? C’est Justin, Justin qui va refourguer leur contrat à des Américains ou des Allemands ; ah le Justin c’est une pointure question corruption et il n’est que ministre de la Justice, le ministre des Mines celui-là, il doit valoir son pesant d’or ou de saphirs.

Enfin j’en ai marre de ce pays, plus que trois mois et Vancouver et la neige six mois par an, le bonheur sur terre, fini les marsupilamis, ou les lémuriens, les petites malgaches, à moi les belles blondes de l’Alberta.

Mais pourquoi de l’Alberta ? Je divague. Il ne m’aurait pas envoûté moi aussi leur sorcier ? Un bon whisky là tout de suite. Et si je peux me taper la Zihàn avant de partir eh bien je ne dirai pas non.

 

 

ACTE II 

SCENE4

 

Joseph Rakoto 

« Bonjour Louis, ah je suis très heureux, que tu restes à la maison ce soir on faire un grand dîner tu vas te régaler, malgache du début à la fin et avec de la bonne bière « Three horses » ».

Louis

« Merci beaucoup Joseph, je devrais venir plus souvent, ici le temps passe très vite, et je n’ai pas le temps de voyager. Entre Tana, Tamatave et Betafo il y a trop de personnes de ma famille qui veulent me voir »

Joseph Rakoto 

« Eh oui nous sommes nombreux tu sais, six enfants par couple on se retrouve vite à 40 pour le moindre évènement enfin quand il y a de la bonne viande de zébu à partager, c’est sûr »

Louis

« Oui, j’ai mangé de la bosse hier, qu’est-ce que c’est bon, et tu sais, les brèdes on n’en trouve pas non plus en France ou en conserve ce n’est pas pareil, tout le monde me gâte » 

Joseph Rakoto 

« Oui et toute le monde te demande un service, la preuve tu cherches un vilebrequin de 4L maintenant, tu es trop gentil Louis, laisse tomber. Va te promener dans le Sud ou dans le Nord ou où tu veux, sinon tu vas finir les mains dans le cambouis et ton compte en banque vidé ! »

Louis

« Ils sont un peu pauvres, j’essaie d’aider comme je peux »

Joseph Rakoto 

« Ne t’inquiète pas, Louis, c’est normal, tout le monde est pauvre ici, à part les étrangers, les hauts fonctionnaires et les hommes d’affaires. Tu as vu le ventre des enfants ? Le kéré, le kéré toujours le kéré, et c’est déjà bien quand il n’y a pas le choléra ou un cyclone qui vient tout casser »

Louis

« Pourquoi il n’y a pas de progrès Joseph ? »

Joseph Rakoto 

« Parce que ce sont toujours les mêmes qui commandent, et quand un nouveau arrive il se dépêche de s’enrichir avant d’être remplacé et nous on a toujours le travail et les miettes »

Louis

« Je vois pourtant des choses nouvelles, un nouveau stade, des routes, des inaugurations de ceci de cela tout le temps, alors tout cela ne sert à rien ? »

Joseph Rakoto 

« On inaugure et on ne finit pas, les routes sont défoncées à chaque cyclone, les stades amusent et les téléphériques facilitent le transport, mais il n’y a plus de coqs qui chantent le matin, on les a tous bouffés, et les enfants cherchent toujours la nourriture au milieu des ordures ; notre président se déplace dans les grands hôtels et tend la main à toutes les institutions écoute on ne va pas parler politique ce soir hein ? On va écouter de la bonne musique et bien manger d’accord ? »

Louis

« D’accord, et pour mon vilebrequin pour la 4 L de Manara ? Tu as une idée où je pourrai en trouver un ? »

Joseph Rakoto 

« Ecoute Louis, c’est pour toi, d’accord ? Si c’est pour Manara, je ne veux pas en entendre parler. Ils ont mentionné son nom à l’ambassade les Chinois, et ils ont dit qu’ils en parleraient au ministre de la Justice, fais attention et surtout ne te mêle pas de cette affaire de trous dans lesquels tombent les bœufs, éloigne-toi des grands le plus possible, va voyager je te dis. 

Je suis très heureux, que tu restes à la maison, Louis, ce soir on faire un grand dîner en ton honneur, mais promets- moi, pas un mot de politique. Bon allez, tu l’auras ton vilebrequin ! A ce soir.


 

ACTE II 

SCENE 5

Elise est introduite dans le bureau du ministre de la Justice.

Justin Randriamajusticeasoa

« Entrez, je vous en prie mademoiselle et asseyez-vous ici vous serez mieux dos au soleil, comme une jolie sauterelle qui s’apprête à bondir !»

Elise

« Monsieur Randriamajusticeasoa, pas de comédie je vous prie ne perdons pas de temps »

Justin Randriamajusticeasoa

« Je vous aurais cru plus diplomate, plus malgache même, vous voulez jouer aux américains, directs et dollars ? »

Elise 

« Restons malgaches si vous le permettez : quinze zébus tombés dans des trous qui auraient dû être rebouchés, au moins cent trous de trois mètres de profondeur qui attendent et qui se remplissent d’eau de pluie ; à la surface ? Les ossements des ancêtres, et vos amis chinois viennent en hélicoptère me proposer un dédommagement insultant. Vous êtes au courant naturellement, vous savez tout ici ? »

Justin Randriamajusticeasoa

« Parfaitement et c’est pour cela que je t’ai convoquée, j’aurais préféré te rencontrer dans ton appartement de fonction, à la cité Gagarine mais tu n’aimes pas les visites de ministre il paraît »

Elise 

« Gardez votre tutoiement pour vos maîtresses ! Hors de question que vous mettiez les pieds chez moi, on me prendrait pour une de vos maîtresses justement. Ça vous évitera une mort prématurée, monsieur le ministre, moi celui qui me touche sans ma permission il ne passe pas la nuit avec moi mais avec ses ancêtres, je vous le garantis. »

Justin Randriamajusticeasoa

« Ah me voici averti, je vais faire très attention ! Tu es professeur, mais tu n’as pas oublié la boue des rizières ! Eh bien, mon fils Elysée, ton élève, il n’est pas chanceux avec une paysanne comme toi, tu le connais Elysée au moins ? Un fils de bourgeois, élégant toujours, cheveux longs, un ange, avec un keffieh autour du cou comme à Paris, toujours puceau à son âge, je crois il faut le faire pour un Malgache de dix- huit ans c’est exceptionnel, il préfère les sciences et les maths, grand bien lui fasse, mais toi qu’est-ce que tu veux à la fin avec ton champ tes zébus et ton sorcier ; tu vas t’arrêter de nous emmerder ou tu veux que je t’arrête moi-même ?»

 

 

Elise

« Je veux que l’Etat ne m’impose pas des contrats avec les Chinois avec les Canadiens avec des malgaches comme vous, voilà ce que je veux, la tranquillité, qu’ils reprennent leurs engins, et disparaissent »

Justin Randriamajusticeasoa

« Mais c’est pour ton bien Elise, celui de ton village Elise, celui de toute ta famille à Betafo, à Tana, et en France. Vous serez riches ! »

Elise

« Je ne veux pas être riche, je veux  la justice pour mon champ et mes zébus. Aucun métal rare n’a été trouvé d’ailleurs. Monsieur le ministre de la justice, vous m’avez convoquée pour quoi exactement ? » 

Justin Randriamajusticeasoa

« Je voulais voir la tête et accessoirement ton petit derrière. Tu commences à nous poser un petit problème diplomatique avec la deuxième puissance du monde sans compter les glaçons canadiens. 

Je t’ai vue maintenant, tu es belle, très belle effectivement il a raison mon fils (c’est lui qui me l’a dit, je le soupçonne d’être amoureux de toi), mais je n’aime pas les râleuses donc mademoiselle voilà la conclusion, la solution à tous tes problèmes de petite révolutionnaire de village, et il n’y en a qu’une, tu comprends ?  Une seule ! Tu vois cette valise-là ? 

Après-demain tu iras au village et tu verras arriver en début d’après-midi un beau 4x4 bien blanc avec le drapeau du pays devant le capot, et derrière celui d’une ONG de merde. Tu attendras, qu’un monsieur en descende, il portera cette valise, celle-là exactement, il te la donnera  et te remettra un bout de papier, il te connaît, tu liras le papier, et tu suivras les instructions, et il n’y aura plus de problèmes, est-ce que tu as bien compris ? »

Elise

« Ah oui, et combien vous gagnez dans cette solution miracle, Monsieur le ministre de la justice ? »

Justin Randriamajusticeasoa

« Autant que toi mademoiselle, dégage avant que je ne te saute, allez dégage et n’oublie jamais que grâce à moi demain tu seras un bon petit parti pour un petit professeur de maths, dégage ! »

 

Elise

« Vous n’avez pas le droit de me parler comme cela. J’espère qu’on ne trouvera aucun minerai, rare ou pas rare, dans mon champ et ne plus jamais vous revoir ».

Justin Randriamajusticeasoa

« Ah oui ? Est-ce que tu sais mademoiselle, que ton champ n’est peut-être pas ton champ ? J’ai ici un acte de revendication signé de la belle-sœur du premier ministre qui revendique la propriété de toutes les parcelles à l’Ouest de la cascade de Betafo. Les zébus sont à toi mais le champ tu en es sûre ? Tu veux que je mette cet acte au-dessus de ma pile ou que je le laisse là en dessous ? Tu connais le juge du district, lui aussi il ne t’aime pas »

Elise

« Je vais devenir folle c’est ce que vous voulez ? »

Justin Randriamajusticeasoa

« Non je veux juste aucune vague avec les étrangers, me ramasser 10000 euros et te sauter quand j’en aurai envie, dégage.

J’espère moi aussi qu’ils ne trouveront pas de terres rares, j’en ai marre de devoir jouer les arbitres entre ces affairistes de seconde zone, j’ai les élections à préparer moi, alors ton petit champ, et ta petite chatte c’est du pipi de chat pour moi (il rit) mais la belle-sœur du premier ministre elle, et je suis gentil de t’avertir, si on trouve des minerais elle est comme une pierre qui roule et qui ne s’arrête qu’au bas de la pente, tu seras obligée d’en parler au devin du village. 

Tu vois j’ai compris tout de suite quand j’ai appris que ces deux entrepreneurs se tordaient de douleur sans savoir pourquoi eux, allez fuis ! »

Elise

« Merci Monsieur le ministre, je m’en vais, ça me suffit pour aujourd’hui, je vous remercie car maintenant grâce à vous j’ai une vision très claire de ma situation, veloma !»

 

 

ACTE III 

SCENE 1

Les entrepreneurs rencontrent Madame Zihan

 

Zihan Fù

 

« Bonjour Messieurs, merci de votre patience, je sors d’une réunion téléphonique avec Monsieur l’ambassadeur qui appuie fortement la solution que nous avons étudiée avec le Ministre de la Justice et l’ambassadeur du Canada ; tout le monde devrait être content.

Ulysse Gougoune 

« Je crains le pire, quand les fonctionnaires se mettent d’accord c’est généralement sur le dos de ceux qui bossent » 

Wu Tech Chu 

« Attends un peu avant de pleurer »

Ulysse Gougoune 

« On parie ? »

Zihan Fù

 

« Messieurs, les circonstances dépassent largement le cadre strict de vos affaires. Les terres rares sont un sujet d’importance considérable. Notre analyse est la suivante :  premièrement vous n’êtes pas en position de négocier, il fallait reboucher les trous, deuxièmement les Malgaches n’ont qu’une envie, résilier le contrat et le resigner avec les Américains ou Allemands pour empocher de nouvelles commissions. Tout ça énerve beaucoup l’ambassadeur. 

Donc Messieurs, vous allez devoir payer vos erreurs, aujourd’hui même : voici sur ce papier ce que nous attendons ce soir à 20 heures. 

Ulysse Gougoune 

« Tu ne négocies pas Wu ? ; tu pinailles avec les paysans, mais là je ne t’entends plus ! »

Wu Tech Chu 

« Madame Fù, on est d’accord. Madame Fù, pourriez-vous s’il vous plaît m’indiquer un bon médecin chinois à Tananarive nous sommes très malades tous les deux ? »

Zihan Fù

 

« Demandez de ma part à ma secrétaire en sortant, il est 11h du matin, les banques sont ouvertes et vous lui remettrez avant 15 heures les enveloppes convenues dans cette clé de répartition, débrouillez-vous entre vous, de toute manière c’est votre société qui paye, aurevoir » 

 

 

ACTE III 

SCENE 2

Devant la case de Manara Penitra

 Jhonny Greenpeace 

« Bonjour Monsieur Penitra, comment allez-vous ? Je suis venu avec le père Miguel. »

Manara Penitra

« Je vois il y aura bientôt plus d’étrangers que de malgaches dans ce village, quand je pense que « Betsileo » ça veut dire nombreux et pas vaincus ! On est moins nombreux que tous ces bons samaritains, et vaincus c’est certain »

Jhonny Greenpeace 

“ Excusez-moi, Monsieur Penitra, mais c’est le ministre des mines en personne qui m’a demandé de venir ici vous rencontrer, et allez-y avec le père Miguel m’a-t-il dit, et il a rajouté que le père Miguel était « le plus intelligent des malgaches de ce village », alors nous voilà. »

Manara Penitra

« Je le sais, je le connais depuis qu’il était un zazakely, et qu’il fabriquait des sagaies pour chasser le sanglier, mais qu’est-il devenu le jeune Betsileo que j’ai connu ? Il a oublié nos coutumes certainement, le jeune garçon, tellement brillant qu’il est devenu économiste, rat de bibliothèques, en français ou en anglais, et maintenant prêtre protestant ou évangéliste du premier ou du dernier jour je ne sais plus tellement il y a de religions ici qui viennent nous empêcher de faire la révolution, avec vous les ONG, avec vous, bien entendu. 

Miguel, mais quand est-ce que tu vas te marier ?  A 30 ans toujours célibataire ? Avec toutes nos jeunes filles Miguel à quoi penses-tu dans ton lit tout seul, elles ne te plaisent pas les malgaches tu préfères les étrangères ? ». 

Miguel Thegasy 

« Le moment venu Manara, tu seras le premier invité, et ce sera avec une malgache mon mariage, je veux des enfants malgaches cent pour cent »

Manara Penitra

“ Bon ça me rassure mais Miguel avec tous tes diplômes, c’est le bon métier prêtre ? Tu gâches tes compétences, c’est un métier faire la charité ? J C’est bon pour ces frustrés (Il montre Johnny) je ne comprends déjà pas pourquoi ces blancs de l’autre bout de la terre viennent ici nous donner à manger et toi tu es avec eux ! Mais quand te poseras-tu la question de base : pourquoi nous mourrons de faim ? Pourquoi des Chinois et Canadiens viennent creuser notre terre ? Miguel ?  Je t’aimais comme un fils, je suis déçu, je te voyais voler comme une chauve-souris, tu es devenu souris »

 Jhonny Greenpeace 

« On n’est pas venu faire de la politique Monsieur Penitra, on est venu vous aider, là tout de suite ». 

Manara Penitra

« Nous sommes fatigués de votre aide Monsieur Jhonny, je ne parle pas de vous, mais des ONG, je ne veux plus de vos pansements sur nos blessures, je ne veux plus de blessures, ce n’est pas pareil, vous comprenez ? Et toi, Miguel tu es venu avec ta boite de pansements spirituels ? »

Miguel Thegasy 

« Manara, je travaille jour et nuit sur les moyens d’éviter les blessures, tu serais étonné de mes idées peux-tu me faire confiance ? 

 Jhonny Greenpeace 

« Ah bon et on peut les connaître tes idées géniales ? »

Miguel Thegasy 

« Le moment venu, nous parlerons de mes idées pour toute la grande île, je te le promets, Manara. Mais aujourd’hui nous parlons seulement du village, des champs d’Elise.

Quant aux enfants, je me marierai, j’ai honte de ne pas l’être encore, mais ne me méprise pas Manara, j’ai beaucoup trop étudié pour avoir le temps de me marier. Je te le promets j’aurai au moins cinq enfants je te le promets » 

 Jhonny Greenpeace 

« On peut avancer sur le sujet oui ? ». 

Manara Penitra

« Taisez-vous le bon samaritain.

Miguel : ta mère était malgache, pas ton père qui s’est fait appeler « Thegasy » alors si tu es malgache au moins par ta mère quand reviendras-tu retourner tes morts ? Cela fait plus de sept années que tes parents sont morts, on attend au village » 

Miguel Thegasy 

« Je retournerai mes morts bientôt, et les vivants aussi, ne t’inquiète pas, Manara, je te surprendrai bientôt, je dépasserai mon père et mon nom ; tu connais le proverbe : ne parle pas de boue alors qu’il ne pleut pas ? » 

 Jhonny Greenpeace 

“ En parlant de boue, il faudrait parler du terrain de prospection, des trous, des sondages, et surtout du futur. »

Manara Penitra

« Mais oui, les trous toujours les trous ! Monsieur Jhonny, vous qui êtes un des moins ignorants de tous les membres des ONG de ce pays, aussi nombreux que les sauterelles, avez- vous lu les cahiers de Jean Paulhan ? Oui ? Non ? Bon. C’est un écrivain Français qui est venu quelques années à Madagascar, il adorait notre pays, et savez-vous ce qu’il a écrit ? Ecoutez bien ! 

Il a écrit que les Chinois donneront un jour les européens, oui les européens, en esclavage aux malgaches, car les européens ne « peuvent pas rester un moment sans creuser des trous dans la terre », Je vous le jure c’est écrit, c’est drôle non ?! »

 Jhonny Greenpeace 

« Monsieur Penitra, trêve de plaisanterie, en attendant ce sont les Chinois qui creusent et les européens qui viennent vous aider. Vous êtes le chef de ce village, il faut qu’on travaille ensemble le projet ; beaucoup d’argent va arriver si les sondages sont positifs alors il nous faut bien préparer le futur »

Manara Penitra

“ Je ne suis pas le chef du village, je suis le devin, le mpiasy. Le chef du village c’est celui-là, là-bas devant sa nouvelle Toyota, déjà corrompu par les entrepreneurs, alors qu’on n’a pas encore vu le moindre minerai, offrez-lui une remorque et il dira oui à toutes vos idées ». 

 Miguel Thegasy 

« Manara écoute ce qu’il a à te dire »

Manara Penitra

« Parlez, monsieur le bon samaritain. Je vous écoute, réfléchissez à notre place, merci d’être là, merci pour vos dons innombrables, merci à tous les généreux donateurs, merci à tous ceux qui achètent nos crevettes bio surgelées, et notre vanille « de Madagascar » s’il vous plaît, oui, s’il vous plaît, dites-nous s’il vous plait ce que nous devons faire avec notre terre, je vous écoute religieusement ».

Jhonny Greenpeace 

“ C’est le gouvernement qui nous demande de vous aider car ici tout va changer si on découvre des terres rares, il faut anticiper grand-père »

Manara Penitra

« Grand-père ? Ici on dit « dadabé ». Miguel, il devrait le savoir depuis qu’il vient promener ici sa bonne tête peine de mauvaise conscience, pour se donner bonne conscience, « dadabe » c’est compris ? 

Monsieur Jhonny, tu vois ces tombeaux de nos ancêtres là-bas, eh bien je suis très énervé quand je vois leurs os qui remontent à la surface de l’eau dans les trous, cela va nous porter malheur »

 Jhonny Greenpeace 

« C’est regrettable mais je sais de source sûre que vous allez être bien indemnisés bientôt et quand vous allez voir les effets du minerai, s’il y en a, sur votre développement, sur votre village, vous oublierez tous ces problèmes, votre problème sera trop d’argent trop rapidement, et c’est pour cette heureuse éventualité que je suis là » 

Manara Penitra

« Ah ils sont forts ces vazaha, ils vous conseillent dans la pauvreté, et aussi dans la richesse !  Ils en ont de la chance en Europe avec des braves bénévoles comme cela !  

Ne vous inquiétez pas pour notre village Monsieur Johnny, nous dans tous les cas, terres rares ou non, nous, les Betsileos, nous survivrons et nous ne vous inviterons jamais à partager notre repas, ce qui est l’insulte suprême ici, est-ce que vous le savez ? »

 Jhonny Greenpeace 

“ Je vous laisse volontiers votre riz dans votre marmite, Vous croyez que vous vous débrouillerez seuls avec les centaines de chinois qui vont débarquer si on trouve des terres rares dans vos champs ? »

 Miguel Thegasy 

“ C’est le ministre des mines, lui-même qui l’a envoyé Manara. Je comprends ta colère pour les trous et pour nos ancêtres, ils ne se rendent pas compte, lui il veut vous aider pour que tout se passe bien si on les trouve ces terres rares »

 Jhonny Greenpeace

“ Et puis quoi encore ? On va s’agenouiller bientôt ? Tu es fou ou quoi Miguel ? Au fonds, j’espère bien qu’ils ne trouveront pas de minerais rares car sinon, têtus comme ils sont, ce village deviendra le far West et vous verrez, allez on s’en va » Il se lève et s’en va. « Salut dadabe têtu, tu vois j’ai retenu grand -père »

 Miguel Thegasy se lève aussi :

“ Manara, on reviendra te voir »

Manara Penitra

« Partez Monsieur Greenpeace !

Miguel j’ai rêvé un grand destin pour toi, je t’ai vu avec nos anciens rois dans mon rêve. Il y a des choses en préparation, je ne sais pas quoi, mais je le sens, pas ici, à Tana. Fais attention, Madagascar n’a pas dit son dernier mot ; mes amulettes sautent toutes seules dans mon sac, les oiseaux blancs n’ont jamais volé aussi haut, le Aye-aye pleure la nuit, des lumières apparaissent près des tombeaux qui sont sur les collines, les ancêtres nous regardent ou nous avertissent, il va y avoir du sang versé, Miguel fais attention à toi.

Toi monsieur ONG il y a trop de fady ici que vous ignorez, vous ne devriez pas revenir. » 

 Jhonny Greenpeace 

« J’ai compris, je vous parle développement, vous me parlez de vos tabous ; on n’en sortira rien de notre discussion, je le dirai au ministre, aurevoir ! »

 Miguel Thegasy 

« C’est promis, Manara je reviendrai te voir, veloma, veloma »


 

ACTE III 

SCENE 3

Dans le studio ou la chambre d’étudiant d’Elysée, très propre, bien rangée, que des meubles de style malgache ; dans un angle, une angady (pelle, bêche traditionnelle des paysans riziculteurs)

Elysée Randriamajusticeasoa ouvre la porte

« Elise ? Entre, que fais-tu dans la cité des étudiants ? »

Elise 

« Je te cherche j’ai besoin de ton aide »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Assieds-toi ici, ah mais tu es très élégante, tu veux un café, un thé, un jus d’orange ? »

Elise 

« Je ne veux rien je veux te parler de ton père »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Tu connais mon père ? »

Elise 

« Qui ne connaît pas le ministre de la justice et des injustices ? »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Mais je n’y suis pour rien moi je ne suis que son fils, et je ne le vois plus »

Elise 

« Tu es son fils donc tu peux m’aider, il t’écoutera ce salaud »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Elise je viens de te dire que je ne le voyais pas je suis presque fâché avec lui. »

Elise 

« Tu pourras m’aider, je sais que tu comprendras ma situation »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Explique-moi et bois ce thé je t’en prie »

Elise 

« Ton père me menace d’une expropriation de mon champ à Betafo parce que ..

Elysée Randriamajusticeasoa

« Quoi ? 

Elise 

« Oui je vais t’expliquer. 

Elysée Randriamajusticeasoa

« Mais qu’est-ce que tu as fait ? »

Elise 

« Je n’ai rien fait, je ne me laisse pas faire c’est tout »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Mais qui te veut du mal ? Tu es un excellent professeur, tout le monde t’aime »

Elise 

« Je suis trop malgache, trop paysanne, je ne me laisse pas faire comme une femme de la ville »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Toi paysanne ? Tu es resplendissante quand tu mets ton lamba d’accord, mais tu es prof d’économie ! »

Elise 

« Ecoute, je ne savais pas que les étudiants aimaient les habits traditionnels, sinon je les mettrais plus souvent » 

Elysée Randriamajusticeasoa

« On est fou de toi, Elise quand tu mets le lamba »

Elise 

« Ah ? Alors je le mettrai plus souvent, je ne le savais pas »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Tu es la plus belle femme de la faculté, de l’université même, de Tananarive même »

Elise 

« Dis-donc Elysée, tu ne serais pas un peu amoureux de moi ?  Tu es un peu jeune » 

Elysée Randriamajusticeasoa

« Je te l’avoue, puisque tu es venue ici et que nous sommes seuls, certainement pour la dernière fois. »

Elise 

« Tu perds ton temps »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Je sais, mais je voulais te le dire, avant, avant… »

Elise 

« Avant quoi ? Avant quoi Elysée ? Tu ne vas pas abandonner tes études ?  Tu vas en France ou en Suisse ou aux Etats unis ? »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Avant »

Elise 

« Avant quoi ? »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Avant de mourir »

Elise 

« Quoi ? et pourquoi tu mourrais ? »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Parce que je l’ai décidé »

Elise 

« Tu es fou ! Tu veux te suicider ? »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Oui bientôt »

Elise 

« Mais tu es trop jeune, tu es fou, tu ne connais rien à la vie tu n’as pas le droit d’être désespéré à ton âge »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Je ne suis pas désespéré ».

Elise 

« Alors quoi, qu’est ce qui te prend ?  Tu es malade ? Tu as un cancer ? Tu veux faire quoi ? »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Rien d’autre, le reste ne te regarde pas »

Elise 

« Si ça me regarde, je t’aime, Elysée, pas d’amour mais comme un étudiant que j’aime, en qui je mets de l’espoir qu’il sera un homme de bien, un bon professionnel, mais aussi un bon mari, un bon malgache, un homme de bien et toi tu veux te suicider sans rien connaître à la vie, sans raison ? »

Elysée Randriamajusticeasoa

« J’ai mes raisons et justement c’est plus facile maintenant, je ne regretterai rien, en quittant la vie sans la connaître »

Elise 

« Si, tu vas regretter ça , attends un peu mon petit je vais te redonner goût à la vie!

Elle s’approche de lui, elle l’attrape et elle l’embrasse fougueusement sur les lèvres, il est tétanisé et se laisse faire, elle lui caresse les cheveux, elle continue à l’embrasser, moins fougueusement, plus tendrement, de façon plus érotique, il est subjugué, il est submergé elle continue, elle attend ses baisers en retour, ils viennent peu à peu, elle aussi elle en redemande, ils fondent de désir l’un pour l’autre ; scène torride elle l’entoure de son lamba qu’elle défait apparaissant en culotte et soutien-gorge, magnifique malgache , elle détache son pantalon à lui et se colle contre lui etc. La nuit les recouvre d’un coup. On entend des soupirs, des râles comme s’ils faisaient l’amour sur scène mais il s’agit d’un enregistrement. Cela dure 5 minutes, peu à peu la lumière revient, ils sont séparés, chacun dans son fauteuil, Elysée est sonné, Elise est aussi un peu défaite ; ils ne disent rien puis.

Elise 

« En fait, Elysée, j’en avais envie, tu es très beau, très jeune, j’avais envie de toi, il y a tellement d’hommes qui ont envie de moi, mais tu m’as émue tu m’as séduite, tu m’as bien fait l’amour »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Tu veux me faire regretter la vie c’est ça ? »

Elise 

« Oui et non, j’ai eu envie de toi aussi, tu es très beau, très beau, un beau malgache comme ils devraient tous être, minces et fins comme des lianes, et doux comme le riz au lait »

Elysée Randriamajusticeasoa

« En fait je peux mourir maintenant que j’ai vécu ces instants car je n’en aurai pas d’autres aussi forts je n’ai jamais eu cette force vitale et cette beauté à caresser, à embrasser à tenir dans mes bras, ça me suffit je peux mourir maintenant Elise je suis ébloui, ébloui, je peux mourir en sachant la vie »

 

Elise 

« Tu ne sais rien de la vie, on t’a toujours protégé, la vie c’est aussi la difficulté, le malheur, le sentiment d’échec souvent, tu ne connais pas.

 Un innocent qui veut payer pour son père c’est cela hein, je commence à comprendre tes réflexions sur la caste des dirigeants dont tu parles souvent avec beaucoup d’agressivité, ce qui venant d’un fils de ministre de la justice étonne tout le monde dans l’amphithéâtre ? » 

Elysée Randriamajusticeasoa

« Non, c’est mon père qui est innocent car il ne sait pas faire autre chose. Il fait le mal comme quelque chose de normal. Maintenant pour lui chaque dossier est un combat, c’est lui ou les autres, chaque jour il se bat, alors que moi protégé, j’ai eu tout le temps de réfléchir depuis que je comprends comment fonctionne ce système »

Elise 

« Il a le choix ton père, il pourrait être plus mesuré, moins sévère, ou avoir quelque indulgence parfois, on ne lui dirait rien il a tellement fait ses preuves, les plus inhumaines, mais il continue à exploiter ce système à fond, à faire souffrir. Il le fait car s’il s’arrête il est cuit.

Il rajoute de tout dans son assiette on dirait oui qu’il en rajoute pour continuer d’être vu comme le crocodile le plus méchant, du marigot de la caste des dirigeants de l’Etat, et Dieu sait s’il y en a des crocodiles à la mâchoire rapide et acérée. Il veut qu’on le craigne, et chaque jour il soigne sa réputation pour qu’on lui obéisse tout de suite et pour qu’on le déteste »

Elysée Randriamajusticeasoa

« On dirait que tu le connais »

Elise 

« Qui ne connaît pas sa réputation ? J’ai dû discuter une fois avec lui, de force, de mon champ à Betafo car il est mêlé à toutes les affaires pourries de cet Etat et je te rassure, ses griffes de chat sauvage ne m’ont pas touchée, car je n’ai peur ni des crocodiles ni des chats sauvages.

Tu devrais aller passer six mois dans un village pour retrouver ta joie de vivre en malgache au lieu de te saturer de culpabilité, on ne choisit pas son père »  

Elysée Randriamajusticeasoa

« Non on ne choisit pas son père » 

Elise 

« Alors Elysée, quitte-le, quitte le pays va faire l’amour à des suédoises à des françaises à des américaines et reviens quand il sera mort, enterre-le, et ne le retourne pas »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Et Madagascar Elise, tu y penses ? »

Elise 

« Quoi Madagascar ? C’est ton problème Madagascar ou c’est ton père ? »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Elise, ce serait trop long à t’expliquer, mais je suis heureux grâce à toi c’est tout ce que tu dois garder dans ta mémoire, tu m’as appris l’amour au bon moment » 

Elise 

« Je ne t’ai rien appris, tu as découvert ce qu’il y avait en toi déjà. Mais n’en parle à personne Et surtout pas à ton père, tu me promets, et moi je ne t’embêterai plus avec mes problèmes de paysanne à qui on dispute son champ, et qui ne se laisse pas faire. »

 Elysée Randriamajusticeasoa

« Je te promets, adieu Elise »

 

Elise sort

 

Ranohira, un couple
 

 

ACTE III 

SCENE 4

 

Miguel Thegasy 

« Quel gâchis ce pays de presque 30 millions d’habitants et qui fait un PIB inférieur au chiffre d’affaires d’une entreprise américaine moyenne. Ils n’aiment pas leur peuple ni leur pays ces élites. Je ne l’ai encore dit à personne, mais je vais me présenter aux prochaines élections présidentielles, oui présidentielles !  Un je vais me défroquer, ce qui va faire un bruit énorme et 2, dans la foulée je vais me présenter avec un programme tout prêt, depuis le temps que j’y réfléchis. Je vais l’appeler les 3 Ma mon parti :  Madagascar, par les Malgaches, pour les Malgaches, en Malgache naturellement. Ceux qui ont connu les 4 Mi comprendront ! 

Qui ne sera pas d’accord avec les 6 fondements de mon projet politique ? 

Amour et connaissance de notre pays : ça ne fait pas de mal non d’aimer et connaître la grande île ? Qui n’est pas d’accord avec ça ? 

Respect de son identité irréductible : reconnaître que nous sommes uniques les Malgaches qui n’est pas d’accord avec ça ?

3 Volonté de préserver cette identité unique : vouloir rester malgache qui n’est pas d’accord avec ça ici à part les ploutocrates à triple nationalité suisse, française, malgache ?

Volonté de mettre en valeur le génie de sa population : nous avons des qualités, qui n’est pas d’accord avec ça ?

5 Volonté de mettre en valeur les ressources du pays dans l’intérêt de la totalité de sa population : qui n’est pas d’accord avec ça ?

Volonté de participer à l'élaboration des décisions fondamentales concernant son environnement local, l'avenir du pays, l'avenir de l'humanité : qui n’est pas d’accord avec ça ?

 

Quel malgache pourrait ne pas être d’accord avec ces six fondements de référence hein ? 

 

Et voici les objectifs de ce projet, simples clairs :

A court terme : la survie ! Oui, la survie physique - morale - culturelle du peuple malgache dans son identité, sa diversité, sur tout le territoire. Eh oui on en est là, tous sauf les élites, à essayer de survivre au jour le jour. A court terme, il faut bouffer, se loger et se soigner.

A moyen terme : société malgache solidaire offrant au plus tôt à chacun à tous les malgaches un niveau de vie digne (santé, éducation sécurité …) c’est-à-dire que sans une dignité minimum pas d’opportunité ide réaliser son destin personnel, et on a qu’une vie.

A long terme :  rayonnement international. Un peuple malgache resté malgache mais ancré dans la modernité, apportant au monde sa spécificité culturelle et de ses talents universels.

Quel malgache pourrait ne pas être d’accord avec ces trois objectifs court, moyen et long terme hein ?  Le consensus, c’est ma base. Pour atteindre les objectifs communs à tous.

 

Et voici, écoutez : quels RE SUL TATS prouveront que ces 3 objectifs auront été réalisés ? 

  1. Indépendance politique, économique, culturelle de Madagascar ; eh oui, politique malgache décidée par les seuls malgaches ça vous étonne ? Il y en a marre d’obéir à la banque mondiale à la France aux ONG. Il y en a marre de mendier.
  2. Principales entreprises du secteur de l’exploitation des ressources naturelles contrôlées contractuellement ou au niveau du capital par des malgaches ou l’Etat ; eh oui la terre et ses ressources appartiennent à tous les malgaches donc à l’Etat. 
  3. Vraie démocratie lors des élections à tout niveau, national, régional, local, et au quotidien ; on va retrouver notre tradition du consensus sans tricherie : fini les décideurs étrangers fini les achats de voix, les listes électorales truquées
  4. Sécurité / paix civile :  l’argent ne sert qu’une fois on punira tellement sévèrement les salauds qu’on pourra garder l’argent de la police pour l’éducation et la santé, et on va les punir à l’ancienne.
  5. Liberté d’expression et d’association / respect des droits de l’homme : fini les emprisonnements des opposants ou les menaces et intimidations ! 
  6. Lois appliquées/ justice gratuite, efficace-égale pour tous : fini les privilèges. La justice y compris les avocats : gratuite.
  7. Autonomie alimentaire du pays : on produira d’abord ce qu’on mange, nous, pas ce que les européens veulent manger ; manger est pour le malgache plus important que faire l’amour ; « la faim est un désir délicat et souple, l’amour est un besoin très simple » chez nous avait déjà remarqué Jean Paulhan
  8. Développement conduisant peu à peu à la couverture pour tous des besoins essentiels à savoir : santé de base/ protection sociale formalisée/ habitat au confort minimal /alimentation adéquate /écoles disponibles, Electricité / eau courante : l’argent ira aux besoins essentiels pas aux stades de foot ni aux centaines de généraux de l’armée qui seront reconvertis dans les filières économiques 
  9. Atteinte au plus tôt d'un niveau d'indicateur de développement humain (IDH) supérieur à 0,730 Madagascar a un niveau de 0.510 contre 0.777 à l’Ile Maurice par exemple.
  10. Implantation à Madagascar de laboratoires de recherche d'entreprises 
  11. Expertise du pays dans la biologie, l’agriculture et l’agro-industrie)
  12. Système éducatif accueillant tous les enfants jusqu'à l'âge de 16 ans ; atteinte du niveau de fin secondaire par 70% de la population de plus de 18 ans 
  13. Universités accueillant d’excellents professeurs (niveau mondial) et excellents étudiants malgaches invités dans des universités prestigieuses
  14. Chômage enregistré (villes) inférieur à 2% de la population active 
  15. Filet de sécurité social minimal pour les très malchanceux de la vie 
  16. Sécurité des biens et des personnes : fini les attaques individuelles ou collectives 
  17. Culture malgache épanouie et connue dans le monde 
  18. Retour de nos traditions dans les protocoles (justice, international) on va ressortir nos lances 

 

Quel malgache pourrait ne pas vouloir constater ces résultats (de nos efforts) pour son pays ? 

On peut faire plus conceptuel, plus ambitieux, on peut faire plus précis, plus compliqué, plus nuancé, plus philosophique, plus chiffré même, comme socle référentiel, mais il faut s’arrêter de rechercher la perfection, de tergiverser, de palabrer et entrer en action maintenant :  Madagascar brûle. Si donc comme je le suppose nous sommes tous d’accord avec ce socle de référence alors on peut passer à la vraie difficulté, à l’action au « comment ? » c’est-à-dire au projet. Et d’abord il faudra réfléchir ensemble à ses conditions de succès.

Bon il faut que je dorme, si je veux rêver un avenir pour mon pays. Mais mon pays devra se mettre au travail : « Ny angady ihany no mahavoky », la bêche seule fait vivre. Quand quelqu'un venait demander au roi Andrianampoinimerina un secours, le roi lui faisait donner une bêche et l'invitait au travail en rappelant ce proverbe ».

 

 

Ceux pour qui on se bat

ACTE IV 

SCENE 1

Manara Penitra dans un manteau pouilleux, devant sa case, il lève la tête vers les spectateurs et visiblement s’adresse à eux.

« Ici, tous me craignent, même à Tananarive certains me craignent, et ils ne viennent plus ici, comme Justin le ministre qui est né dans la ville d’Antsirabe, juste à côté. Ces ânes de blancs des ONG, font semblant de passer au-dessus de ma réputation de devin, ils ne croient pas dans la force de mes pouvoirs, de mon « Hasina » mais ils sont prudents, ils ne boivent et ne mangent rien quand ils sont ici, trop souvent. Ils ont raison, je les déteste ces fils de bourgeois, ou ces fils d’ouvriers bienpensants dans leur 4x4 climatisé, avec les grandes lettres de l’ONU bleu clair, bien visibles sur leur carrosserie blanche. Ils ont raison je voudrais tous les faire crever. Qu’ils soignent leurs propres blessures d’abord, ils n’en manquent pas.

Je suis un devin. Et l’avenir de mon pays est l’esclavage, la survie en fait pour être esclave des entreprises étrangères, bien cachées derrière leurs papiers, et des traitres corrompus. 

La corruption, c’est un bien grand mot, pour une pratique vieille comme l’univers. Ici c’est une industrie et chacun de nous a son usine pour sa survie dans son village ou sa grande vie dans les palaces de Paris. Qui n’est pas corrompu ? Qui n’est pas corruptible ? Personne ! 

Ma pauvre Elise qui se bat, quel courage ! Le progrès est sans foi ni loi ici. Des traitres vendent le pays, à petit feu c’est le cas de le dire. Oui je l’ai lu le texte de ce couillon de Français, un Zanatan « Madagascar brûle » son titre. Il joue sur les mots, il doit aimer nos proverbes si riches en jeu de mots ; c’est notre spécialité littéraire avec le Kabary, (le théâtre nomade) à nous les Malgaches, les proverbes, on en a des milliers. Tout est prétexte à un proverbe et à son contraire ! On dit blanc, puis noir donc on aime le gris. Moi ma spécialité c’est le grigri ! 

Les entrepreneurs vont mourir, et ils le savent, ils sont allés trop loin, trop de mépris de la part du Chinois, et de bêtise du canadien ; tant pis pour eux. Ils n’ont même pas fait un sacrifice avant de commencer leur forage, un petit bœuf aurait suffi pour lever tous les tabous. Ils ne trouveront jamais leurs fameuses terres rares, les ancêtres sont certainement fâchés qu’on vienne mettre leurs os à l’air sans s’excuser auparavant.

Il va y en avoir des morts dans cette pièce, pas ici, non devant ma case, dans la pièce de théâtre, idiots.

Mes songes me montrent du sang, reste à savoir le sang de qui. 

Ces terres rares dérangent notre tranquillité ; où est l’harmonie qu’il y avait encore il y a trois mois combien de morts vont-elles provoquer ici ? Je parle des hommes et des zébus bien sûr, les hommes ça ne coûte rien, mais un zébu c’est un capital et un revenu comme disent les bouquins d’Elise.

Ah Elise, la quintessence de la malgache, douce et violente, prude et si belle à deviner sous son lamba. Quand elle le met, je tombe raide, je deviens sec dans ma bouche. C’est ma filleule quelle femme Betsileo, une maîtresse femme disent les Français, oui sauf qu’elle est toujours demoiselle, enfin je veux dire pas mariée car depuis l’âge de douze ans elle en a fait se réveiller dans leur tombe des hommes de tous âges et elle en a profité. Dans leur tombe, vous m’avez compris, je veux dire dans leur lit, fait de nattes pourries ou de soie des grands hôtels, enfin c’est la vie qui est douce. Son corps vous l’avez vu, son visage, ses tresses, ses yeux, sa furie ou son calme, tout est Betsileo, et ce n’est pas pour les Chinois. Elle épousera Miguel et ils mourront ensemble pour la révolution. Miguel ou un autre, mais j’ai vu dans mon rêve, il y avait beaucoup de sang autour d’eux. La mort les attend, mais ils vont vivre leur passion et la révolution une autre passion, je le connais Miguel, le feu sous la cendre et je connais Elise, elle capable de tout elle est comme un feu de brousse rien ne l’arrête

Sur l’affiche de cette pièce de théâtre que voyez-vous ? Je ne veux pas dire que voyez-vous avec vos pauvres yeux de pauvres Vazaha, je veux dire que voit un Malgache digne de ce nom ? Eh bien il voit Madagascar l’île éternelle : un ciel, très haut, des collines, des tombeaux dans ces collines, ses ancêtres dans ces tombeaux, qu’il ira rejoindre, il voit que la marchande est vêtue à l’ancienne, qu’elle porte un petit chapeau de paille à l’ancienne, et surtout, surtout qu’elle tourne le dos à la route qui voit passer les voitures de ses clients potentiels, elle s’en fout des clients, elle regarde sa terre assise sous l’ombre de son étal de tomates elle vit son instant d’humain sur cette planète, elle sait qu’elle existe, que son pays est ici, ses ancêtres ici, son tombeau ici. Personne ne volera son âme ou n’achètera son âme malgache, personne, le plus corrompu de notre pays comme la plus pauvre demande à être enterré ici sur la terre des ancêtres.

Les ancêtres ? 

Louis est parti et repartira en France, laissant la terre des ancêtres mais il reviendra, vivant ou mort il reviendra car il le sait sa terre est ici, même s’il a réussi une vie douce en France. Rien ne vaut un ravitoto, une anguille de nos rivières, la poussière rouge, la bosse du zébu, le pas du zébu sur la piste, le cri des pêcheurs, la vue du tombeau d’où on le sortira quelques années après sa mort, quelle que soit sa religion, pour le promener en faisant la fête, au son des pipeaux et des valihas. etc.  

Oui j’ai des pouvoirs, nous avons tous des pouvoirs. C’est moi le vrai chef du village, je fais régner l’ordre, l’ordre traditionnel. Tous craignent mes pouvoirs. Les politiques corrompent notre pays de haut en bas, mais en bas c’est moi le chef. 

Le chef du village le sait, le gendarme là-bas avec son fusil sans balles le sait, le ministre de la Justice du gouvernement le sait. 

Ce qu’il ne sait pas encore c’est qu’il va mourir bientôt celui-là. Je le plains, car qui vient sur les tombeaux des puissants à Madagascar ? Personne, à part les oiseaux blancs, perchés sur le dos des zébus qui cherchent de l’herbe. Aura-t-il seulement un tombeau ?? 

Il faut que je mette un terme à cette affaire des terres rares. Le village n’est plus à nous, il est aux étrangers. 

 

 

ACTE IV 

SCENE 2

 

Ulysse Gougoune  

« Wu tu y crois aux analyses aériennes ou tu n’en sais pas plus que moi sur la présence potentielle de terres rares dans cette parcelle ? La bétafite est un signe mais depuis qu’on creuse des trous, toujours rien »

Wu Tech Chu  

« Tu ne vas pas te dégonfler hein ? J’ai toutes mes économies dans ces trous. Oui j’y crois, on a 80 chances sur 100 statistiquement, alors demandons à nos associés de nous rembourser ces indemnités et continuons, il nous reste encore 5 hectares à sonder. »

Ulysse Gougoune  

« Ok on leur dira que les indemnités c’est du pot de vin et non pas des indemnités parce que tu as voulu aller trop vite et pas perdre de temps à reboucher les trous »

Wu Tech Chu  

« On est d’accord, mais les 10000 du ministre c’est bien un pot de vin non ? 

Ulysse Gougoune  

« Oui, peanuts par rapport à ce qu’ils vont se mettre dans les poches nos associés si on trouve des terres rares »

Wu Tech Chu  

« Ils ne vont pas savoir ce qu’il leur arrive ces attardés de villageois, la transformation de terre en minerai : fini les zébus et le riz, bienvenue les machines excavatrices, les broyeuses, les trieuses, le bruit, la poussière les camions, les analyses chimiques, les rivières mortes, les poissons ventre en l’air, les yeux rouges toute la journée, les magasins chinois, les chinois par centaines, les putes les voyous tout ça pour que ces connards d’Européens roulent en bagnole électrique pour ne pas polluer !!! »

Ulysse Gougoune  

« J’espère presque pour eux, pour les gens du village je veux dire qu’on ne va rien trouver »

Wu Tech Chu  

« Ah oui, et mes enfants en Chine qui va les nourrir, et la voiture que j’ai promise à ma femme avec intérieur cuir qui va la lui payer ? Si ce n’est pas moi ça sera le voisin du parti qui a mis 20000 euros dans le business, il va se rembourser à sa manière »

 

 

Ulysse Gougoune  

« Moi personne ne m’attend, sauf les fonctionnaires des impôts, qui doivent se demander où je suis passé en leur laissant 50000 dollars de trou »

Wu Tech Chu  

« Il te fait de l’effet le médicament que t’a refilé le médecin de l’ambassade ? Moi, rien, j’ai toujours comme des gargouillis dans le ventre, malgré tout le riz que j’avale en plus »

Ulysse Gougoune  

« C’est pareil pour moi, j’ai mangé un truc dans leur village, mais pas toi ; tu crois que c’est leur sorcier qui nous a « fanafouté » comme ils disent ici ? »

Wu Tech Chu  

« Le premier de nous deux qui meurt ira tuer ce vieux pouilleux »

Ulysse Gougoune  

« Bon allons reprendre le chantier voyons comment ils ont avancé depuis deux jours que nous ne sommes plus sur le terrain »

 

Ambalavao, Assemblée de bergers

 

 

 

 

ACTE IV 

SCENE 3

Delatourdenèfles Pierre-Henri, 

« Bonjour Madame Fù , excusez-moi pour mon attitude lors de notre dernière rencontre, je ne boirai plus et ne recommencerai plus »

Zǐhán  Fù 

« Ce n’était pas si grave, une femme reprochera toujours plus la froideur qu’une marque minime d’intérêt, oublions cela pour le moment »

Delatourdenèfles Pierre-Henri

« Merci de votre compréhension Madame Fù, j’aime beaucoup la dernière partie de votre phrase »

Zǐhán  Fù 

« J’ai reçu pour mission d’évoquer nos intérêts croisés dans le secteur du sous-sol à Madagascar »

Delatourdenèfles Pierre-Henri

« Vaste sujet, nous allons nous revoir souvent et j’en suis ravi ! Or ?  Saphir ? Emeraudes ?   (Je commence par les minerais que les jolies femmes comme vous adorent porter sur elles) mais on pourra parler de bauxite, terres rares, ilménite, fer, titane, chromite, nickel, cobalt, graphite, bétafite (vous connaissez, je n’insiste pas…), qu’est-ce qui vous intéresse dans ce catalogue ?

Zǐhán  Fù 

« Tout cela nous le savons Monsieur l’ambassadeur, il ne s’agit pas d’une démarche minerai par minerai, nous voulons parler de la construction d’un modèle applicable à tous les secteurs, duplicable, rodé, conforme au droit local et international, vertueux et que nous pourrions bâtir ensemble pour le proposer systématiquement ensemble lors de toute nouvelle occasion de prospection ou d’extraction ou de transformation »

Delatourdenèfles Pierre-Henri

« Mais c’est justement ce qu’ils n’aiment pas dans ce pays : l’organisation, la transparence, l’efficacité, la légalité, vous êtes au courant depuis deux ans que vous êtes en poste et que j’entends parler de votre beauté ? »

Zǐhán  Fù 

« Oui je suis au courant, mais les élections présidentielles approchent et nous voudrions fournir au gouvernement en place une réalisation au moins sur le papier qui démontre une volonté de travailler désormais rationnellement »

Delatourdenèfles Pierre-Henri

« Ah sur le papier au moins, mais des projets sur le papier ils en sortent chaque jour un de leur chapeau ; les malgaches n’y croient absolument pas » 

Zǐhán  Fù 

« Eh bien justement avec Betafo nous avons l’opportunité de sortir un projet bien réel et exemplaire, ce sera notre site test si le projet vous intéresse »

Delatourdenèfles Pierre-Henri

« Moi tout ce qui me permet de vous voir plus souvent me va ! « 

Zǐhán  Fù 

« Monsieur L’ambassadeur, Pierre-Henri, quand pouvez-vous me donner une réponse de principe ? »

Delatourdenèfles Pierre-Henri

« Mais en fin de semaine Madame l’attachée, Zihàn, en fin de semaine oui. Quel budget pour mettre au point ce modèle ? »

Zǐhán  Fù 

« Le modèle est prêt, « nickel chrome » comme disent les français, il n’attend plus que votre signature et l’engagement de faire venir ici payés par vous, dix experts canadiens dans des spécialités adéquates dont voici la liste. Nous aimerions présenter ce modèle au ministre des mines à son retour de Chine donc dans 6 jours, lundi prochain ! » 

Delatourdenèfles Pierre-Henri

« C’est un peu rapide on parle déjà d’un budget de 3 millions de dollars là, rien que pour les 10 bonhommes »

Zǐhán  Fù 

« Sur le papier »

Delatourdenèfles Pierre-Henri

« Ah oui, sur le papier, mais nos réunions de travail, seront bien réelles elles ? »

Zǐhán  Fù 

« En effet il nous faudra préparer la signature par de certainement longues séances de travail, je ne vous cache pas que ce sera harassant pour vous, ces réunions se terminent généralement tard en soirée, enfin, je vous laisse Monsieur l’ambassadeur et j’attends une réponse positive ce serait désolant que je doive parler de ce sujet à nos amis de l’ambassade d’Allemagne qui n’attendent qu’une chose qu’on se plante à Betafo. »

 

Delatourdenèfles Pierre-Henri

« Aurevoir Madame Zihàn, vous pouvez compter sur moi. »

Zǐhán  Fù 

« Appelez-moi Zihàn ou Madame Fù,e ou Madame l’attachée, mais ne m’appelez pas Madame Zihàn mon ambassade n’est pas une maison close comme disent les français, aurevoir, Monsieur l’ambassadeur et faites comme le caméléon en marche regardez en avant et en arrière »

Elle sort. 

Delatourdenèfles Pierre-Henri

« Pourquoi regarderai-je en arrière ? Qu’est-ce qu’elle a voulu dire ma petite citronnelle ? »

 

 

Tananarive 25 juin 2000

 

ACTE IV 

SCENE 4

 

Rakoto 

« C’est gentil de venir me voir avant de rentrer en France, Louis »

Louis

« C’est normal, tu viens on va boire une bière en ville »

Rakoto

« Merci Louis, c’est difficile, ma patronne a toujours besoin de la voiture en ce moment il faut que je sois prêt et disponible à tout moment surtout le soir pour l’emmener à l’ambassade du Canada »

Louis

« Ah oui ils travaillent dur. En France on appelle ça des réunions pizzas quand les cadres travaillent tard sur des affaires urgentes et importantes ! Enfin, ils ont des compensations »

Rakoto

« Oui, ils travaillent trop, à mon avis. Tu sais Louis, tu rentres au bon moment, il y a beaucoup de problèmes et la colère monte, tous les chauffeurs des ambassades disent que les étrangers s’inquiètent, se parlent, et croient que le gouvernement est en danger et surtout le Président »

Louis

« J’ai vu au village que tout le monde est énervé, même les zébus sont nerveux ! »

Rakoto

« Tiens voilà mon cadeau justement, en corne de zébu : ne l’ouvre pas maintenant, c’est un nécessaire de toilette, tout y est du peigne à la brosse pour les habits, tes cheveux vont repousser tellement ils vont aimer.  Et pour ta tendre épouse voici un beau lamba, en soie sauvage à sa couleur préférée, orange. Personne ne peut t’emmerder avec ces cadeaux à la douane, ni en France ni ici à Ivato ; froisse un peu le lamba et utilise la brosse, laisse quelques cheveux dessus !  « 

Louis

« Merci, merci beaucoup Rakoto, je t’enverrai des photographies dès qu’elle le mettra. 

 

Rakoto

« Louis, je suis triste pour moi, et content pour toi, sois prudent » 

Louis

« Rakoto, Merci, merci pour tout. On aime beaucoup ta famille, tu sais que tu peux compter sur nous, sois prudent aussi je reviendrai à la saison des litchis l’an prochain ! »  Il s’en va. 

Rakoto resté seul 

« Un marteau et une lime, deux amis qui s’aident. C’est nous ».

 

 

ACTE V

 SCENE 1

Dans le bureau du ministre (Pas un dossier sur le bureau)

Johnny Greenpeace représentant local de l’ONG « Vaincre La Faim ou VLF international »

« Monsieur le ministre, je suis ravi que vous ayez accepté de me recevoir malgré votre énorme charge de travail » 

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

« La vue de mon bureau bien rangé vous pousse à l’ironie de bon matin ? »

Johnny Greenpeace

« Non monsieur le ministre, je suis l’actualité et elle est chargée concernant votre ministère »

Justin Randriamajusticeasoa

“ Oui, tout remonte ici, le social, l’individuel, le commercial, le civil il n’y a que le militaire que je ne vois pas et encore, ces braves généraux ont parfois des faiblesses personnelles et elles sont nombreuses et ils sont nombreux, les généraux ; pourquoi cette demande d’entretien, monsieur l’organisateur, nous ne sommes pas en période de kéré ? »   

Johnny Greenpeace

“Non et tant mieux, c’est ce qui se passe au village de Betafo qui est dans mon périmètre d’intervention qui m’inquiète et m’a conduit à vous demander cet entretien, monsieur le ministre »

Justin Randriamajusticeasoa

“ Ah oui ? Betafo, votre périmètre d’intervention, et qui a réparti les périmètres ? J’espère que vous aimez les hauts plateaux, bien de vos confrères se rêvent à Nosy Bé ou Ste Marie. »

Johnny Greenpeace

« Nous sommes 800 ONG à Madagascar donc nous nous sommes organisés, je vous assure j’aime beaucoup les hauts plateaux », 

Justin Randriamajusticeasoa

“ 800 ? J’en étais resté à 622 ! Vous pourrez m’envoyer la liste des ONG, monsieur Greenpeace, s’il vous plaît, ça m’intéresse, avec les noms de leurs représentants et leur coordonnées (adresse téléphone etc.). Disons vendredi au plus tard puisque nous sommes lundi, merci ; j’ai toujours un petit réflexe ministre de l’Intérieur que j’ai été pendant 5 belles années ! Alors Betafo qu’est-ce qui vous préoccupe ? » 

Johnny Greenpeace

“ Vous savez que des forages ont été entrepris, négatifs jusqu’à présent, pour rechercher la présence de terres rares, or les entreprises concernées ne respectent pas les lois du travail les normes environnementales, leurs engagements contractuels et les paysans en général ; voici la liste de leurs exactions pour résumer (il tend deux feuillets), et la plainte que nous déposons. Nous ONG on essayons d’être cohérents et ne pouvons voir les opérateurs économiques souvent étrangers d’ailleurs se conduire en pillards, mépriser les normes environnementales ; ceci ruine en quelques semaines les quelques résultats des actions cohérentes que nous menons depuis des années pour améliorer les cultures sans porter atteinte à l’environnement, pour au total éradiquer la faim, le kéré comme vous dites ici. Je rajoute que ma démarche est absolument indépendante, nous ne représentons pas les paysans, nous voulons attirer votre attention sur ces manquements flagrants à l’état de droit, et portons plainte contre ces entreprises »

Justin Randriamajusticeasoa

“Reprenez votre souffle Monsieur Greenpeace.  Premièrement, je suis au courant, deuxièmement le problème de l’indemnisation des paysans (trous et zébus) est réglé, troisièmement, les entreprises ont été sanctionnées par leur propre ambassade, quatrièmement, les produits chimiques utilisés, la terre malgache en a vu d’autres, cinquièmement c’est le gouvernement qui fixe les priorités du pays, ce ne sont pas les ONG. Puisque vous êtes là je voudrais en profiter pour aborder avec vous la problématique des secours alimentaires disponibles pour l’ensemble du pays et non pas seulement pour votre « périmètre d’intervention »

Johnny Greenpeace

“ Désolé monsieur le ministre ma compétence s’arrête à la région du Vakinaratra et c’est déjà suffisant, vous avez un grand pays monsieur le ministre d’où le nombre d’ONG d’ailleurs car nous on ne peut être partout donc on se répartit les actions ; si vous souhaitez aborder les besoins nationaux il faut aller voir les responsables du Programme Alimentaire Mondial du PNUD, l’ONU, je peux vous donner leurs coordonnées »

Justin Randriamajusticeasoa

“Vous plaisantez mon ami, j’ai baisé la moitié de leurs représentantes ici, alors j’ai leurs coordonnées et quand je vais à New-York, à la session annuelle je ne manque pas de me rappeler à leurs petits nichons. Ça fait trente ans qu’elles « interviennent » dans le pays comme elles disent, les agences et leurs bureaucraties, une armée de bureaucrates et de gratte-papiers qui bouffent en frais de fonctionnement la moitié des budgets d’aide, qui dépensent au petit déjeuner un smic local. » 

 

 

Johnny Greenpeace

“ Oui et cinquante pour cent de ces gratte-papiers sont là malheureusement pour s’assurer que notre aide n’est pas détournée par vos hauts fonctionnaires des douanes qui contrôlent les importations, ou ceux des affaires sociales qui déterminent les bénéficiaires prioritaires, ou ceux de l’armée qui la distribue ou accessoirement ceux de la justice qui règle les différends »

Justin Randriamajusticeasoa

“ Bon on ne va pas régler ce problème, là, maintenant à tous les deux. Mais mon message est le suivant : l’an prochain nous aurons comme d’habitude deux cyclones, plus les sauterelles, plus exceptionnellement une mauvaise récolte de vanille, et l’Inde nous a averti que les dons de riz étaient finis donc la moitié de l’Ile va crever de faim que comptez-vous faire ? » 

Johnny Greenpeace

“ C’est votre job l’anticipation, la prévision Monsieur le ministre pas le mien nous nous sommes une assistance dans un contexte exceptionnel, la survenance d’un alea imprévisible aux conséquences catastrophiques ; si moi je fais un peu de long terme c’est parce que j’ai des queues de budget mais excusez-moi d’être franc, on n’est pas là pour prévoir juste pour aider dans les difficultés imprévisibles, l’anticipation c’est votre job. »

Justin Randriamajusticeasoa

“Ah oui, les bons samaritains du jour d’après la catastrophe, mais heureusement que la catastrophe est permanente sinon que feriez-vous dans vos HLM en France au lieu de vous balader en 4x4 sur les routes de la grande île en faisant le bien ? Heureusement pour vous que nous sommes là les pays corrompus sous-développés sur catastrophés et où il fait bon vivre en plus comme des riches au milieu de la pauvreté.  Avec le prix de votre 4x4 je nourris un village de mille habitants pendant 3 ans »

Johnny Greenpeace

« Oui mais si on vous donne le prix de ce 4x4, il va se retrouver dans un studio à Cannes, et votre village mourra de faim ; excusez-moi d’être franc mais qui peut faire confiance à un gouvernement malgache sur l’utilisation de fonds sans un contrôle ligne par ligne ? Et cela c’est vrai bouffe la moitié des budgets »

Justin Randriamajusticeasoa

“ Je déteste les bien-pensants comme vous, on s’emmerde avec eux, encore que je reconnaisse avoir baisé plus d’une de ces frustrées qui viennent noyer leur narcissisme dans les actions humanitaires ; « J’adore votre pays il est si pauvre et si beau alors qu’il pourrait être si riche s’il était bien géré disent-elles juste avant de te faire une bonne fellation » 

 

Johnny Greenpeace

“ Vous vous égarez monsieur le ministre. »

Justin Randriamajusticeasoa

« Oui un peu excusez, moi, que de bons souvenirs en réalité, mais cher monsieur, que feriez-vous sans nous ? Sans notre « corruption à tous les étages » comme vous dites, vous seriez quoi en Europe ? Comment auriez-vous quelque estime de vous-mêmes ; ici nous sommes les objets par lesquels vous devenez objets d’estime de la part de vos semblables bien-pensants, et vous voilà enfin admirés, grâce à nous, grâce à notre pauvreté issue de notre prévarication, de notre corruption, de l’impéritie de nos élites. Et vous avez de belles anecdotes à raconter dans vos cercles amoureux de vous-mêmes : je vous hais, espèces d’impuissants. Je préférais encore le bon vieux temps de la CIA qui se déguisait sous un truc qui s’appelait le « Corps de la paix », mon cul oui, le « Corps de la Paix » Avez-vous lu « Le Christ à la Carabine » de Kapuscinski , vous connaitriez ce qu’on fait les « Peace Corps », au Guatemala et ailleurs , vos véritables ancêtres ONG ? Bien entendu vous avez évolué depuis mais votre aide n’a jamais été désintéressée.

Moi mes ancêtres, ce sont les Betsileos, ils sont nés ici et ils n’ont jamais massacré, torturé, comme vos ex ONG. Ils brûlent la forêt pour cultiver et alors ? On est chez nous.

Franchement, mon ami, les petits blancs les coloniaux qui vivaient ici valent mieux que vous : ils mouillaient leur chemise, ils construisaient avec leur pognon, ils baisaient les petites malgaches mais ils faisaient la fête , ils construisaient des ponts et des routes, des hôpitaux et des pistes d’atterrissage, l’électricité marchait, les impôts rentraient, personne ne crevait de faim, ils foutaient les truands et les comptables qui faisaient des erreurs en prison , ils ne donnaient pas de leçons de genre dans les écoles, et les prêtres fermaient leur gueule, chacun à sa place.

 Aujourd’hui, vous nous méprisez nous les mauvais gouvernants qui créent vos emplois heureusement qu’on est là et tous plus corrompus les uns que les autres, sinon ce serait pôle emploi en France, alors que vous vous faites des couilles en or ici, au soleil, nourris, logés et accueillies les jambes ouvertes par les petites malgaches ou les petits c’est selon ».  

Johnny Greenpeace

“ Vous vous égarez encore monsieur le ministre, je vais vous laisser. »

Justin Randriamajusticeasoa

“ Redites -moi ça encore une fois et vous vous retrouvez en prison pour 20 mois qui vous feront vieillir de vingt années ; dans votre parcours de bonne âme, avez-vous respiré au moins une fois l’air d’une pièce mal aérée où s’entassent des dizaines de pauvres bougres, à moitié morts de faim, les yeux fous, les ongles longs de cinq centimètres, ceux que je fais mettre en prison ?»

 

Johnny Greenpeace

“ Je préfèrerais vous laisser maintenant monsieur le ministre et je vais essayer de monter une réunion pour une action nationale éventuelle l’an prochain »

Justin Randriamajusticeasoa

« Vous avez jusqu’au 20 mai pour proposer une conférence au ministre des affaires sociales et de la solidarité ; tenez moi- en dehors de ça, notre conversation n’a jamais eu lieu aurevoir et deux conseils : 1 tenez-vous en dehors de cette affaire des terres rares 2 suivez mes conseils, et n’oubliez pas la liste des ONG »

Johnny Greenpeace

“Bonsoir monsieur le ministre”

 

Marchands de sable
 

 

ACTE V 

SCENE 2 

Au village de Betafo, devant la case de Manara

Ulysse Gougoune  

« Ils ne savent pas quand il revient, il est dans la forêt parait-il »

Wu Tech Chu  

« Alors on va mourir, ici en l’attendant, devant tout le monde ; je ne veux pas rentrer dans cette case malgré ce soleil. Tu souffres ?»

Ulysse Gougoune  

« Pas vraiment, je me sens très faible c’est tout, impossible de bouger d’avaler, je respire de plus en plus difficilement, pas de fièvre, pas de nausées, juste une immense fatigue »

Wu Tech Chu  

« Il a été gentil avec nous le devin »

Ulysse Gougoune  

« Oui enfin, pas tout à fait puisqu’on va crever ici, maintenant, avant le coucher du soleil »

Wu Tech Chu  

“ C’est très beau ici, surtout ces collines avec les tombeaux de leurs ancêtres. Jamais notre entreprise ne payera le rapatriement de mon corps, ni du tien ; tu as une assurance ? »

Ulysse Gougoune  

“ Oui je l’avais promis à mes enfants. A bien réfléchir je vais demander aux malgaches de m’enterrer dans un des trous qu’on a faits, et mes fils prendront l’avion pour venir me voir s’ils le veulent et comme ça ils connaitront autre chose que New York et Cuba ».

Wu Tech Chu  

“ C’est une bonne idée, c’est un beau pays ; demandons qu’on nous mette dans des trous voisins et qu’ils plantent une pancarte avec nos deux noms ; je ne reverrai jamais ma Chine, personne ne viendra me voir ici ; quelle dure vie j’ai eue pour rien sauf la découverte de ce beau pays, il faut le reconnaître, où il y a tout et où ils n’ont rien »

Ulysse Gougoune  

« Je ne regrette rien, on n’a rien trouvé, ils vont continuer leur vie mora mora comme ils disent »

 

Wu Tech Chu  

« Mora mora , c’est ça il ne faut pas les déranger ; l’argent ils s’en foutent, ce qu’ils veulent c’est regarder le tombeau de leurs ancêtres, et faire un bon repas »

Ulysse Gougoune  

« Ecoute Wu, je voudrais te dire : je ne t’ai jamais arnaqué et toi ? »

Wu Tech Chu  

“ Juste un peu à Tamatave j’ai vendu un engin de forage et je t’ai dit qu’il avait été volé excuse-moi »

Ulysse Gougoune  

“ Je m’en doutais, pas de problème »

Wu Tech Chu  

“ Bon j’aimerais bien mourir maintenant entre le jour et la nuit, sans souffrir, on aurait dû remplir notre contrat, qui rebouchera ces trous maintenant que les analyses sont négatives ? Personne.

Ulysse Gougoune  

« Ce n’est pas ton attachée d’ambassade, elle ne viendra jamais salir ses chaussures ici.

Mon ambassadeur ce con s’occupera de tout ; il a mes instructions et des dollars donc je vais juste lui envoyer un message, pour qu’on nous enterre à côté l’un de l’autre, n’importe où, je te l’offre Wu ta petite tombe »

Wu Tech Chu 

« Merci Ulysse, là-bas ça serait bien :  nos deux premiers trous de sondage tu te souviens ? »

Ulysse Gougoune sort son portable et tape pendant une minute

« Voilà Wu, c’est fait, adieu Wu, on se retrouve au paradis des mineurs de terres rares, adieu »

Wu Tech Chu

“Adieu Ulysse, merci de ton amitié, à bientôt au paradis des terres rares ; nous entendrons les zébus marcher tranquillement au-dessus de nos têtes »

 

Plantation de riz
ACTE V 

SCENE 3 

A Tananarive, dans un café 

Miguel Thegasy, 

« Bonjour Louis, je t’avais dit que si tu allais au village tu ne pourrais plus en repartir ! Alors je parie que tu as réparé la vieille voiture de notre devin ? »

Louis 

« Oui ce n’était rien qu’un petit changement de vilebrequin et la voilà repartie pour 25000 kms »

Miguel Thegasy 

« On est à Mada, pour 250000 km ! Tu es trop gentil tu connais le proverbe « distribuer beaucoup et n’avoir rien pour soi », alors ne reste pas trop longtemps dans le village ou tu repartiras ruiné par ta famille ; la pauvreté ici est immense, sans fond, on te la cache mais tu l’as vue non ? »

Louis 

« Je sais Miguel, mais je voulais te voir parce que j’ai un ami Zanatan, qui vit en France, il aime beaucoup Madagascar et il a étudié un projet politique pour le pays, pour le sortir de la pauvreté, personne ne s’y est intéressé à son projet !  Je te connais, je sais que tu travailles en cachette sur l’avenir du pays. Il a appelé son programme « Madagascar brûle. »

Miguel Thegasy

« Ah bon ? Comment tu sais ça toi ? 

Louis 

Elise me l’a dit.

Miguel Thegasy

Elle parle trop je le lui dirai. Tu connais certainement notre proverbe : « La terre rouge ne brûle pas » ? Mais je reconnais qu’il a raison ton zanatan, Madagascar brûle. Ça m’intéresserait de lire son programme »

Louis sortant son portable 

« Je l’ai encore dans mon portable son texte, je te l’envoie, c’est une trentaine de fichiers réunis en un seul donc je ne veux pas bloquer ton téléphone ? »

Miguel Thegasy 

« Vas-y, j’ai beaucoup de mémoire, ça m’intéresse ce qu’il dit ton vazaha ». 

Louis sortant son portable 

« C’est un ami, Miguel, il aime Madagascar autant que nous deux réunis »

Miguel Thegasy regardant son portable

« Attends mais c’est un roman ? »

Louis 

« Il a beaucoup travaillé »

Miguel Thegasy 

« Louis bois ta bière et laisse-moi je veux lire tout cela maintenant et ne répète pas que je réfléchis sur le destin du pays. Veloma ! »

Louis 

« Je te souhaite bonne chance Miguel, viens nous voir lors de ton prochain voyage en France »

Miguel Thegasy 

« Merci mon ami Louis, tout le monde t’aime ici. Prend soin de toi, salue bien ta famille pour nous, nous attendrons aussi ton retour Veloma ! »

Miguel Thegasy (seul car Louis est parti) lit sur son portable et commente à haute voix : 

« Les fondements de notre action, oui, Les objectifs de notre action, oui, Les résultats qui prouveront que nous avons atteints nos objectifs, oui mais il m’a copié ce Zanatan attends voilà les conditions :

Première condition : admettre que notre identité personnelle de Malgache est avant tout une identité collective, oui, un Malgache n’existe qu’en communauté, d’accord

Seconde condition : le consensus de toutes les élites et le travail de toutes les élites, oui, mais on peut attendre longtemps, ils se voient tous président ici

Troisième condition : connaissons et reconnaissons nos points faibles et nos points forts pour pouvoir lancer un projet bâti sur la réalité, oui, classique

Quatrième condition : il faut que ce « projet » soit clair, logique et cohérent pour que chacun comprenne, retienne, et accepte ses principes, et sa dynamique, oui pour qu’on arrête de discuter à un moment et qu’on passe à l’action, d’accord avec toi le zanantan

Cinquième condition : il faut que la méthodologie « projet » soit systématiquement appliquée, à toute décision, seul moyen de savoir ce que nous voulons faire concrètement, qui est responsable, comment nous avancerons, et si oui ou non nous avançonsoui, transparence à tout instant par rapport à l’avancement du projet. 

Le projet résumé en 3 points :  les Ressources de la République, les Investissements de la République, les Attitudes de la République, tout cela forme la « secousse » (fikoronlanana amy ny fanjakana), oui d’abord on produit ensuite on investit.

 

1/ L’Etat n’a pas d’argent pour effectuer son travail. Pourquoi ? Parce que l’impôt, ne rentre pas. Pourquoi ? Parce que le secteur marchand n’est pas assez efficace ou n’est pas assez transparent. Commençons par ce commencement, organisons le secteur marchand, pour drainer enfin des ressources suffisantes.

Comment ? En distinguant marché local et marché international. 

En réservant le marché international à des entreprises de taille mondiale, ou qui ambitionnent une taille mondiale et éthiques. Cette organisation s’appelle les Filières Monopolistiques à l’Exportation en Partenariat Ethique « FMEPE ». 

Au sein de chaque filière par exemple letchis, une entreprise aura le monopole de l’exportation. Ces entreprises en monopole à l’exportation seront les moteurs qui vont tirer toute l’économie. Naturellement ces entreprises font appel (sous-traitance et approvisionnement) au marché local des services aux entreprises, qui lui reste en place, indépendant et en pleine concurrence. 

L’entreprise en monopole « L’Entreprise » aura pour partenaire à part égale l’Etat. Cette Entreprise sera de droit malgache. Le partenaire de l’Etat malgache dans cette Entreprise en monopole sera soit une entreprise malgache (résultant ou non de la fusion préalable d’entreprises de droit malgache) soit une entreprise étrangère de taille mondiale.

Les bénéfices des entreprises qui auront le monopole de l’exportation seront partagés à part égale entre l’Entreprise et l’Etat.  Ces revenus, les « Ressources de la République » permettront enfin de s’attaquer aux « Investissements de la République ». Pourquoi personne n’y a pensé ? Parce qu’ici les ploutocrates ne veulent rien changer.

2/ Ces « Investissements de la République » sont des domaines d’action au nombre de 4 (route de la démocratie, route de l’environnement économique, route des infrastructures, route de la formation).

Ces « Routes sont subdivisées en chantiers, des chantiers transversaux car intéressant toutes les composantes de la société (personnes, entreprises, entités publiques et parapubliques…) qui seront gérés en « mode projet ».

Ces grands chantiers transversaux et structurants, seront financés grâce aux résultats des filières. 

Certaines de ces Routes dépendent entièrement de nous par exemple tout ce qui concerne les éléments d’une vraie démocratie. D’autres Routes par exemple les infrastructures (eau, assainissement, énergie, transport) seront réalisées dans le cadre de Partenariats Public Privé Ethiques (PPPE). 

 J’ai conscience de l’immense travail que représente cette approche face à la complexité de notre situation où tout est lié. J’aime la phrase suivante de Henry L. Mencken : « Pour chaque problème complexe, il existe une réponse qui est claire, simple et fausse ». 

Notre problème est bien complexe : les causes de notre situation s’enchaînent et se nourrissent logiquement les unes les autres, la pauvreté entraîne la pauvreté pour résumer, les prix stagnent, la concurrence s’accroît chacun vendant la même chose que son voisin, les infrastructures s’effondrent, les clients n’ont pas d’argent, les entreprises ne peuvent investir, l’insécurité gagne du terrain, tout le monde vivote (sauf quelques-uns, gros poissons au milieu du menu-fretin), les impôts ne rentrent pas, donc l’investissement public est impossible, donc on retourne mendier auprès des « bailleurs de fonds » donc on perd notre dignité encore une fois. C’est bien là une situation très complexe compte tenu de nos faiblesses. Je me suis donc demandé si ma proposition, n’était pas trop claire, trop simple et donc fausse. Après une nouvelle réflexion, je ne le crois pas. La voie que je propose est claire, mais pas simple. Elle nécessite le consensus et la participation collective, positive, active, des élites et un grand élan de tous lancé par des Etats généraux de la société malgache. Elle nécessite que chaque malgache décide que la légalité est plus rentable que l’illégalité, de sortir de son égoïsme, d’arrêter le feu à son niveau. Elle nécessite la sévérité. Elle nécessite beaucoup de travail notamment pour la préparation et le lancement des Filières à l’exportation. Elle est une dynamique, logique, avec une ambition pour notre pays : voir grand et loin, tous ensemble maintenant. 

La solution commence donc dans nos têtes. Voulons nous sortir de la pauvreté avec un plan ?

 « Seuls les dirigeants politiques ayant obtenu un mandat clair grâce à un travail de pédagogie et d’expertise pourront mener à bien les réformes. Seuls ceux qui ont travaillé et réfléchi à la manière de les réaliser concrètement, en pratique, réussiront leurs mandat ». Fondation pour l’innovation politique « Gouverner pour réformer, éléments de méthode, Mai 2016, Erwan LE NOAN et Matthieu MONTJOTIN. Proposer un « comment », acceptable par tous, décidé et mis en forme projet par tous les intéressés c’est mon but. Oui le comment c’est le plus difficile !

 

Inscrire dans l’action nos ambitions pour notre pays nécessite l’instauration préalable d’un état d’esprit, d’une force morale qui nous soutiendra entre nous, et vis-à-vis du monde extérieur. Cette image de nous-même qui sous-tendra tous nos projets et sur laquelle j’espère aussi un consensus, je l’appelle les « Attitudes de la nouvelle République »

Et je propose que notre nouvelle république se nomme : « République malgache solidaire et sévère ». Certains souriront au terme de « sévère ». Ils ont tort.

Je propose deux « Attitudes » au niveau de l’Etat :  souveraineté, solidarité. Je propose au sein de l’Etat mais particulièrement à la justice une troisième attitude : sévérité. Je propose enfin une Attitude au niveau de chacun de nous : responsabilité.

Miguel se prend la tête entre les mains

« Tout est là, tout est dit, ce zanatan me fait gagner trois années de réflexion »

 

ACTE V 

SCENE 4 

 

Elysée seul dans son studio

« Maintenant que j’ai annoncé ma décision à Elise, je ne peux renoncer. 

Je vais quitter cette vie, alors que je sais maintenant quels sont ses plus beaux fruits.

Elise, je te sens sur moi.

Je suis fou.

Mon père est plus fou que moi encore, lui qui vit, qui fait semblant de vivre mais je le connais, il se méprise, je vais le délivrer et il sera fier de moi. Il est devenu un crocodile, par force, pour survivre au milieu des crocodiles. Maintenant il est un des rois du marigot, et en réalité, il joue il surjoue le salaud, sinon, s’il faiblissait ne serait-ce qu’un jour, il se ferait mordre et jeter hors du système ; c’est la loi ici celle des forts, des riches. Ce sont les forts qu’il faut tuer ils n’en savent pas plus que nous, ils sont au bon endroit c’est tout, là où passe la confiture.

Pourvu que tous les fils comprennent notre message.

Il n’y a pas d’autre solution pour le pays puisque les pères ne changeront jamais : les fils doivent les tuer.

Nos pères sont des rois, corrompus, secrets arrogants, impitoyables. Mon père est l’un des pires mais il assume et en rajoute et ne se cache pas. Il servira d’exemple.

 Le tombeau de ma famille m’attend à Antsirabe. Je suis prêt ».


 

 

ACTE V

SCENE 5 

Justin Randriamajusticeasoa

« Ah mon Elysée, Je voyage beaucoup en ce moment, mais comme je passais devant la résidence universitaire en allant voir le Président, je me suis dit, tiens il est peut-être là, et j’ai décidé de passer te voir dans ta petite chambre d’étudiant.

C’est un peu petit cette chambre, même pas un studio. Je m’attendais à quelque chose de plus grand et une décoration plus design, plus jeune, Ikea quoi, moins traditionnelle. Je suis étonné, c’est très malgache comme mobilier, Zanatary même. On en trouve plus beaucoup des meubles comme ceux-là.

Quand je pense à la chambre que tu pourrais avoir à la maison avec air conditionné et accès permanent au frigidaire rempli de bières, je te plains, enfin c’est ton choix »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Je suis ici chez moi, je décore comme j’aime. A la maison je ne peux supporter tes visiteurs tes gardes du corps et tes maîtresses qui sont plus jeunes que moi »

Justin Randriamajusticeasoa

« Je sais. Mais en parlant de maîtresses tu as des fréquentations dangereuses, sans le savoir évidemment, par exemple cette Elise, ta prof, elle nous cause actuellement beaucoup de problèmes, pas à moi, je m’en fous, mais au gouvernement ; elle ne comprend rien à la politique, cette fille ».

Elysée Randriamajusticeasoa

« Ce n’est pas ma maîtresse, et je ne connais pas ses affaires »

Justin Randriamajusticeasoa

« C’est bien dommage, c’est un beau morceau. Une Betsileo de classe internationale, je te le garantis je m’y connais. Mais ses affaires n’arrangent pas celles de notre ministre des Mines. Elle court des risques sérieux et je ne veux pas te voir mêlé à ces histoires.

Est-ce que tu sais qu’elle fait tuer des entrepreneurs étrangers par les sorciers ? Non ? Alors tu comprends qu’il vaut mieux l’éviter !»  

Elysée Randriamajusticeasoa 

« C’est mon professeur d’économie, et je ne crois pas à ton histoire. »

Justin Randriamajusticeasoa

« Son histoire ne fait pas encore beaucoup de bruit, mais elle fait déjà beaucoup de mal au niveau diplomatique, deux morts déjà, et des mineurs en plus »

Elysée Randriamajusticeasoa

« C’est votre affaire, pas la mienne »

Justin Randriamajusticeasoa

« Bon passons, tant pis pour elle, et tant pis pour toi si tu es amoureux d’elle, ça ne m’étonnerait pas romantique comme tu es mon fils, mais on m’a dit aussi que tu voulais me voir, c’est aussi pour cela que je suis passé dans ton trou décoré façon malgache traditionnel. Pourquoi ?»

Elysée Randriamajusticeasoa 

« Oui je voulais te voir papa, pour te tuer »

Justin Randriamajusticeasoa

« Pour me tuer ? Mais tu es fou mon fils unique, mais pourquoi ? »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Parce que je suis seul à pouvoir m’approcher de toi sans risquer deux balles dans la tête »

Justin Randriamajusticeasoa

« Tu as été payé pour me tuer ? »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Tu es vraiment pourri, voilà ta première réaction, l’argent, tu crois que ton fils te tuerait pour de l’argent ? Je dois te tuer pour Madagascar »

Justin Randriamajusticeasoa

« Mais tu es fou ! Pour Madagascar ? Mais je travaille pour Madagascar, jour et nuit, tu crois que c’est facile de gouverner, de faire plaisir à tout le monde et au Président ? »

Elysée Randriamajusticeasoa 

« Tu ne fais plaisir qu’au président, et à ses amis, le peuple crève, notre culture crève. Tu es le ministre le plus craint le plus détesté tu le sais tout ça s »

Justin Randriamajusticeasoa, ministre de la Justice

« Et alors ? J’effectue mon travail, je protège l’Etat. Ce que je sais c’est que j’ai été élu démocratiquement et que le Président m’a demandé de prendre ce ministère de merde où je dois m’occuper de conasses comme ton professeur qui ne comprennent rien, elle t’a fait ensorceler par le devin celle-là, toi aussi j’en suis sûr »

 

 

 

Elysée Randriamajusticeasoa 

« Tu sais bien que les élections ne valent rien, les malgaches n’ont pas de quoi se payer un journal ils vivent dans la survie du quotidien, alors ils vendent leur voix, toujours aux mêmes, pour une poignée de riz ».

Justin Randriamajusticeasoa

« Tu es un merdeux qui va me réciter ce qu’on vous apprend dans ces facs de petits bourgeois qui crachent sur leurs parents ? Mai 68, c’est en France, ici c’est Madagascar. Nos dirigeants sont instruits, responsables, et se battent avec le monde entier pour développer ce pays, et ils doivent de battre contre le fatalisme de toute la population et des conasses comme ta prof »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Tes dirigeants s’en mettent plein les poches, ils passent leur vie à mendier des prêts et dons aux étrangers, ils se baladent en Suisse quand le peuple crève de faim. Je dois te tuer pour faire un exemple. Tu mérites la mort, parce que les élites qui dirigent comme toi ce pays depuis l’indépendance n’ont fait que garder le pouvoir pour s’enrichir et toujours conserver le pouvoir un peu plus, parce que nos richesses naturelles ne profitent qu’au petit nombre d’élus tous corrompus tous indifférents à la misère du peuple, tous vendus à l’étranger, comme toi.

Justin Randriamajusticeasoa,

« C’est ma richesse qui te permet de poursuivre les études peinardes que tu me reproches ? »

Elysée Randriamajusticeasoa,

Le problème n’est pas que tu sois riche, le problème est que vous soyez incompétents, fainéants, corrompus, mafieux, et que le peuple meure de faim et du choléra pour toutes ces raisons. Je dois te tuer parce que tu ne seras jamais battu aux élections, parce que personne ne pourra venir te tuer parce que tu es trop puissant et trop bien protégé, alors moi qui peut t’approcher parce que je suis ton fils, je dois te tuer. C’est un acte politique, tu comprends ? Et j’espère que tous les fils de ces élites tueront leur père comme moi »

Justin Randriamajusticeasoa

« Un acte politique, tuer son père parce qu’il est ministre corrompu, alors que c’est la règle ? Tu es fou, ou le sorcier de Betafo t’a fanafouté. Où as-tu pris ces idées ?  Qui t’a ordonné de me tuer ? » 

Elysée Randriamajusticeasoa

« Toi on t’ordonne de tuer, de mettre en prison, ou tu ordonnes tout seul de tuer, moi j’ai décidé seul mais je ferai école comme on dit en français ! »

 

Justin Randriamajusticeasoa

« Et comment as-tu décidé de me tuer ? Avec tes mains ou tes pieds ? 

Elysée Randriamajusticeasoa 

« Avec ça (il lui montre une angady posée contre un mur) » 

Justin Randriamajusticeasoa

« Quoi avec une angady ? Tu vas me couper la tête en deux ? »

Elysée Randriamajusticeasoa 

« Je voudrais que tu ne souffres pas, c’est tout »

Justin Randriamajusticeasoa

« Mes ancêtres pardonnez-moi d’avoir mis au monde ce fils qui veut faire un attentat politique en tuant son père » 

Elysée Randriamajusticeasoa

« Tiens tu redeviens malgache tu te souviens que tu as des ancêtres ? »

Justin Randriamajusticeasoa

« Ce que tu veux faire n’est pas malgache, ici, on laisse faire le destin, on ne le l’arrête pas »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Tu es malgache quand ça t’arrange tu brises chaque jour un peu plus l’âme malgache et là tu redeviens malgache, eh bien, l’angady ancestrale des paysans tu comprends le symbole »

Justin Randriamajusticeasoa

« Mais donc tu penses à cela depuis longtemps ? Voilà une bonne nouvelle, ce n’est pas le sorcier qui t’a ensorcelé, c’est ta décision, me voilà rassuré sur ta santé d’esprit. D’accord, tue-moi ! Eh bien, ça va faire du bruit dans les chancelleries ! Et si tes copains ici ou en France pourquoi pas font pareil avec leurs pères ! Fils vous n’êtes pas politiquement d’accord avec vos pères ? Tuez-les !Vous êtes bien placés pour ça ! Merde c’est nouveau ça mais efficace car nous, tous les salauds, on est bien protégés on ne sait jamais où nous serons, difficiles de nous avoir ! Ton nom va rester dans l’histoire du pays au minimum ! Donc le mien ! Tu ne préfères pas que je me suicide là pour te faire plaisir ?  En laissant un mot ? Tu échapperais à la pendaison, tu échapperais à la malédiction qui va peser sur toi, allez Elysée, donne-moi une feuille de papier »

Elysée Randriamajusticeasoa 

« Non, c’est un attentat politique, pas un suicide, je sais que je vais mourir et je n’ai pas peur, je suis courageux, comme toi » 

 

Justin Randriamajusticeasoa

« Et comment qu’ils vont te juger et te condamner à mort et t’exécuter, avec ou sans ONG pour signer des pétitions, putain un coup d’angady finalement ça me plaît mon fils, tiens tu vois j’étais prêt à te prêter mon révolver que j’ai toujours sur moi, mais je t’en prie ne rate pas ton coup, je ne veux pas voir ça !! Hein ?  Toi tu auras droit à la torture et à la corde tu ne pourras pas choisir tu n’auras pas une mort traditionnelle sauf si tu l’as préparée aussi, bien entendu ? Tu as du poison ? Ton ami le devin il t’a donné un peu de produit dans un sachet crasseux, tu l’as baisée Elise ? »

Elysée Randriamajusticeasoa

« Papa je vais courir me jeter du haut de la falaise, la nuit dernière j’ai préparé une dizaine de lances en bas, tout le monde va parler de nous »

Justin Randriamajusticeasoa

« Ah à l’ancienne ! C’est magnifique je suis fier de toi mon fils si tu fais cela. Mais si tu meurs tu n’auras pas de procès et tu ne pourras expliquer ton geste, faire des émules ! Si je suis le seul à crever rien ne changera il faut que tes copains aussi tuent leur père, vingt trente mille têtes lance la mode. Ne te suicide pas et tu auras la gloire, tu seras le chef. Allez, prends-la cette angady et calcule bien la distance et ton coup, tu l’as baisé Elise ? »

Elysée Randriamajusticeasoa 

« Oui papa nous l’avons fait l’amour. Papa, regarde, c’est un objet magnifique, regarde c’est le paysan malgache qui depuis des centaines d’années retourne la terre de sa rizière avec cet outil, regarde, je l’ai bien affuté papa tu ne souffriras pas »

Justin Randriamajusticeasoa

« Je suis content que tu aies baisé Elise, quel morceau cette femme, et quel caractère, bravo mon fils. Mon fils fais maintenant ce que tu penses être ton devoir, tu as hérité de mon esprit de décision et de mon souci de toujours bien faire les choses, frappe sec et fort, mais dis-moi, Elysée, mon unique enfant, tu m’aimes un peu, moi ton père ? 

Elysée Randriamajusticeasoa 

« Oui papa, maintenant je t’aime comme jamais je ne t’ai aimé, tu peux mourir en paix. Tu es prêt ? Oui ? Alors ferme les yeux, je t’aime ». Et il abat son angady.

                                             

FIN
 

 

 

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