Des Morts qui Marchent
Titre tiré d’une chanson de Félix Leclerc « Les 100 000 façons de tuer un homme ».
(Polygram « L’encan Le tour de l’île »1976 Philips)
L
Pièce en 5 actes
Comédie courte, un peu dans l’esprit boulevard une « tragi-comédie gentille », non pas qu’elle finisse trop mal cette piécette pour jouer, mais parce qu’elle évoque, encore une fois, des réalités pas bonnes à dire, tragiques en effet. Donc amusons-nous, amusons-nous de notre misère, de nos misères. L’intrigue se déroule sur 4 jours ; le lieu Avignon ; 4 décors façon porte à tambour : un salon, et un bureau dans une maison bourgeoise style contemporain haut de gamme, un bureau style universitaire, et face à une boulangerie pâtisserie.
Les personnages :
Roman (père de famille)
Charlie (fille de Roman)
Danny (fils de Roman)
Elise (femme de Roman)
Ahmed (ami de Danny)
Claudius (ami de Roman)
Tangju (futur époux de Charlie)
Monsieur Allaloupe (député, prénom Luke)
ACTE I
Acte I SCENE 1
ROMAN (dans son bureau chez lui)
Il est fort ce vent… je sens comme un précipité d’hiver qui reviendrait. Ma vie aussi est devenue un précipité, mais un précipité d’ennuis, et d’ennuis au pluriel, au pluriel les ennuis, oui.
Délicats les deux prochains jours, au moins jusqu’au bouquet que Charlie balancera au milieu des invités, en fin de journée, samedi. Cinquante chinois invités. Déchaînés déjà ! Hier tous dans les vignes. Aujourd’hui on essaye de les fatiguer en les baladant du Pont du Gard à Nîmes. Demain rebelotte la Grande Motte et samedi, randonnée le matin au Ventoux avant le lancement des festivités par un déjeuner à La Mirande. Enfin cérémonie à 15heures à la mairie, messe à la cathédrale et retour à La Mirande pour la fiesta du soir. Samedi ça va être chaud.
Dimanche dodo, lundi Marseille aéroport. Trois jours et trois nuits encore ! A La Mirande ils ont réapprovisionné en alcools, ils ont l’habitude ils m’ont dit. Passons. Kampaï !
Mais ce n’est pas cela qui m’inquiète, ce qui m’inquiète c’est la situation de la famille et accessoirement les élections, pour une fois cités dans le bon ordre dirait Elise.
On va gagner, pas de souci, mais après la fête à la mairie, il va falloir assurer à la maison et ça ce n’est pas gagné, pas gagné du tout, mais pas du tout.
Ah voilà Charlie, ma fille qui arrive. Quelle connerie de lui avoir donné ce prénom bi-sexe, ou bigenre, une connerie : depuis qu’elle est toute petite tout le monde s’exclame : « ah ! Charlie i e original ce prénom féminin, double, comme Camille quoi ! ». Elle s’en fout maintenant à son âge, mais combien de fois il a fallu qu’elle supporte ! J’ai merdé c’est tout.
Mais le Chinois, le père Tang, il s’en fout de ces subtilités, il prend tout en bloc lui : la superbe fille, le prénom, les vignes, la France, pas de détail. Pas de problème de prénom non genré pour lui, et Charlie est une fille ça se voit de haut en bas. De toute manière il n’y a que le dollar qui l’intéresse le père Tang, et of course le taux de change du renminbi, sans compter le cours de l’action de sa boite, 30000 employés quand-même. Alors, Charles, Charlie, Charlène, ou Charlemagne…
Il veut ma fille pour son fils, les vignes de ma fille pour sa gloire et il attend des héritiers mâles s’il vous plaît. Ça va j’ai compris, je ne vais pas tarder à être grand-père d’un 5 B, B comme beau bébé bridé aux yeux bleus et aux cheveux blonds, Dieu reconnaîtra les siens comme disent les cathos.
Ah voilà ma fille.
Entre une jeune fille, blonde, jolie, élégante assez raffinée, beaux yeux bleus.
CHARLIE
« Coucou Papa, je te cherchais j’étais sûre que tu serais dans ton bureau ; ça va ? Pas trop inquiet ?
ROMAN
Non, pas du tout ma chérie, tout va bien se passer. Mais une messe à la cathédrale, quand même, avec l’éducation qu’on t’a donnée, tu aurais pu nous éviter ça non ?
CHARLIE
Moi non papa, ça leur fait tellement plaisir papa, ils sont romantiques, ils adorent la France, les vieilles pierres. Ils vont faire deux mille selfies à l’heure pendant la cérémonie ! Arrête de râler, on s’en fout, c’est une occase pour eux, tu ne te rends pas compte : de l’orgue, un évêque et une fête à tout casser derrière. Ils sont aux anges. Venir en France pour autre chose que pour acheter des sacs Hermès ils adorent et on ne les voit même pas !
ROMAN
Oui, mais ton mari, il ne pouvait pas organiser le mariage en Chine ? Nous on y serait bien allés en Chine faire la fête et du tourisme ! La cité impériale, la place Tien An Men, la muraille de Chine, le canard laqué…
CHARLIE
Non papa. Ils aiment les traditions et savent qu’en France on se marie au pays de la femme et donc… la tradition française est respectée ! Plus le standing, tu n’imagines pas, l’importance. Au niveau relation c’est énorme. Et la vigne tu ne peux pas imaginer l’impact ! Tu les aurais vu hier dans les rangées admirer les derniers grapillons complètement séchés ! Ils étaient comme des gosses ; « my vineyard my vineyard » il disait le beau-père et tous les autres lui tapaient dans le dos !
ROMAN
D’accord, un mariage, du tourisme, du business j’ai compris ; mais faire venir le maire avec son écharpe « bleu blanc rouze » comme il dit ton futur mari, la veille d’un jour des élections ! Tu ne peux pas imaginer comme j’ai dû ramer pour tenir votre date. Et le gâteau ?! Long comme un porte-avions, qui représente la muraille de Chine et Notre Dame ? Même notre pâtissier familial que tu connais n’était pas chaud ! Et le photographe ? Séance photos devant le Palais des papes, en plein hiver avec ce mistral. On va tous crever de froid !
Mariage à l’église ! Quand je pense que ta mère et moi après trente ans de vie de couple on ne s’est toujours pas mariés à la mairie ! Vie en concubinage. Bertolucci, La concubine quel film !
CHARLIE
Papa, dans trois jours c’est fini. J’ai vraiment besoin de toi, et en pleine forme. Je te sens préoccupé alors que tout roule comme sur des roulettes ; tu devrais être hyper joyeux de marier ta fille, avec un garçon de talent, en plein dans la modernité. Avignon Shangaï un vrai miracle de la mondialisation non ? Ou ce sont les élections de dimanche qui te tracassent ? On t’empêche d’aller coller tes affiches mon papa ?
ROMAN
Non, d’abord c’est gagné, mais toi ? On en rêvait de ton mariage, mais là, avec un chinois qui ne parle que de fric ? Tu crois que tu pourras supporter longtemps ? Tu te souviens de l’histoire de Simone de Beauvoir avec son américain de Las Vegas ?
CHARLIE
Laisse tomber les clivages sociaux pour une fois. J’ai changé moi, tu sais. J’ai pris beaucoup de recul avec l’idée d’une vie conforme aux idées et à mes options politiques de jeunesse : une vie formattée oui, conforme aux idées de gauche, tu parles ! Et sans devenir facho je te rassure, ni une femme objet je te rassure aussi !
ROMAN
Oui mais, niveau intellectuel, sans même évoquer la politique, tu vas t’emmerder ma pauvre fille.
CHARLIE
Mais non mon papa ! Oui Il ne parle qu’argent Tangju, d’accord, mais parce que seul l’argent lui permet de s’offrir tout le reste : les voyages, les meilleurs hôtels, les plages privées, les concerts, les petits cadeaux pour moi, les expos (dans le monde entier) et moi je ne suis pas Simone de Beauvoir ! Réponds franchement, papa, tu préfères Tangju ou un recalé de Sciences Po, un baba, un geek, un surfer, un artiste, un maître assistant à la fac pour résumer ?
ROMAN
Merci, tu pouvais dire carrément « maître de conférences » tant que tu y étais. Il y a un juste milieu, et là je n’entends parler que prix, dollars, bijoux et sacs Bugatti
CHARLIE
Bulgari, papa, Bulgari les sacs. Bugatti c’était une marque de bagnole, tu devrais le savoir si tu avais d’autres lectures que ton journal du parti.
ROMAN
Bulgari si tu veux.
CHARLIE
Oui Bulgari place Vendôme, Paris, papa, mais tu vois : les paumés, les raisonneurs, les bonnes e consciences de gauche, tu sais, c’est fini pour moi. J’ai choisi les élites, les élites qui s’activent et qui, malgré ce que tu crois, peuvent être parfaitement cultivés, mais avec des moyens, mérités par leur travail acharné.
ROMAN
Tangju finira bardé d’encore plus de fric, sûr, mais entouré de caméras et de gardes du corps.
CHARLIE
Le mérite, papa. Je vais vivre avec un mec qui va vivre de son mérite et non pas de son diplôme. C’est comme ça là-bas.
ROMAN
Tu parles ! Et le parti ? Tout passe par le parti là-bas. Il a sa carte ?
CHARLIE
Sa carte ? Tu plaisantes ? Son père et lui font manger 30 000 familles à Shangaï la voilà leur carte ! Et la tienne ? Ta belle carte rose bonbon, bien fripée depuis le temps que tu l’a trimballe, elle te sert à quoi ? A avoir des réductions au cinéma Utopia qui promeut les « soulèvements de la terre ». Non Merci : moi J’épouse Tangju, et son père, et toute la chine, et la belle vie, et merde. Et les frustrations, je les laisse à tes amis ! Terminé maintenant. La vraie vie, avec de l’énergie. Tu m’enverras des bouquins, hein Papa ? C’est tout ce que je te demande. Je veux tous les prix littéraires français une semaine après leur sortie en France, par Fedex, promis ?
ROMAN
…
CHARLIE
Allez, arrête de faire la gueule à moins que quelque chose ne m’échappe ? Fais bien la fête samedi, oublie la gauche et la droite, oublie tes scrupules de merde, il faudra assurer hein question Kampaï, ne me fais pas honte tu as intérêt à te blinder l’estomac avec du radis noir.
ROMAN
Tu peux compter sur moi ma chérie, pour ne jamais oublier mes opinions même en faisant la fête. Mais toi ? C’est cuit ! Une vraie petite militante, tu parles en Dior maintenant !
CHARLIE
Tu le penses vraiment ?
ROMAN
Non, on peut garder ses convictions et vivre en contradiction avec ses convictions, facile.
CHARLIE
Ce ne sera même pas mon cas ; beaucoup trop donné dans les « convictions » crois-moi c’est fini, le « blabla éclairé ». Maintenant : je vis. Et tes luttes intersectionnelles de merde, je m’en fous, tu vois je peux être aussi insultante que toi.
ROMAN
Tu étais assez bonne en dialectique. Dans les faits…
CHARLIE
Dans les faits, je bosserai en Chine et en Dior avec Tangju. Je m’occuperai de tous ses clients français en Chine et Dieu sait s’il y en a qui y vont, pour fuir nos impôts et nos actualités.
Et toi ? Ne change surtout pas : continue à te balader à vélo ou un bouquin à la main dans ton centre-ville sinistré, un magasin sur trois fermé. Que des bars éphémères, des boutiques éphémères des immeubles pourraves, des routes pourries, des bagnoles de 30 ans d’âge, la pauvreté, la drogue et l’insécurité mais toujours un beau Palais des papes hein ? Ah j’oubliais, ton festival bariolé.
ROMAN
Moi j’essaye encore d’améliorer la situation à mon niveau.
CHARLIE
Et comment à ton niveau ? En collant des affiches ? Tu parles ! Toujours plus d’allocs, de droits, de subventions, d’impôts c’est tout ce que vous savez faire pomper et redistribuer ? Ras le bol, je me casse. Là-bas c’est la liberté, et en plus, j’aime Tangju.
ROMAN
Tu as virée à droite ma parole !
CHARLIE
Non, ne t’inquiète pas papa, Je suis toujours fière comme pas deux de mon master de moitié de thèse sur l’évolution sociologique des comités d’entreprise d’EDF entre 1975 et 1995, je sais toujours distribuer des tracts des deux mains et je peux discuter avec n’importe quel écolo de la pêche à la baleine au Japon et je fais quoi après ? Je tracte ? Je boite ? Je colle ? J’aide les migrants qui ne parlent pas un mot de Français à obtenir leurs papiers ?
C’est ta hantise, qu’on vire à droite, mais je reste de gauche ! Ne me fais pas un faux procès et pour info, je ne fais pas un mariage économique, j’aime Tangju il m’aime il est gentil, attentif, il a de l’humour quand on ne lui marche pas sur les pieds. Il m’écoute, il me gâte Dior effectivement, les doigts, les oreilles et les chevilles, il me respecte il m’adule comme toi tu adules ta gauche, ta putain de gauche qui a réponse à tout mais tes enfants si tu ouvres un peu les yeux ? Danny de gauche pôle emploi, Charlie de gauche : Shangaï. On est morts si on ne se remue pas. Je me remue.
ROMAN
On peut se remuer ici.
CHARLIE
Ben voyons comme dit l’autre pénible qui te donne des boutons rien qu’à voir sa gueule en photo ! Non ! Ton jugement bienpensant, toujours contre-intuitif si possible, ta maladie mentale de gauchiste, professionnel, tu nous l’as transmise de force à Danny, et moi, mais Maman ? Tu lui as gâché toute sa vie grâce à tes engagements militants que tu lui as fait subir jour et nuit. Tout est politique avec toi-même le cassoulet ! Tu nous as mis tous les trois dans ton aquarium rose. A végéter, à critiquer. Pas d’argent, pas de plaisirs sauf les fêtes popu de gauche, les concerts de gauche, les expos de gauche, les restos de gauche, les manifs de gauche, les sports de gauche les joints de gauche. Ras le bol !
Tu n’as même pas eu assez d’argent pour reprendre les vignes de grand-mère.
Tu sais ce qu’il m’a dit Ahmed, il y a trois ans avant même que je connaisse Tangju ? Il m’a dit textuellement ceci : « Vous finirez esclaves des chinois vous les gauchistes révolutionnaires de salon entretenus par les impôts sur les vrais travailleurs ( oui les « VRAIS travailleurs » qu’il a dit) et la dette quand les impôts ne suivent plus le rythme des cadeaux, alors que nous, les fils d’immigrés fils de nos mères qui se lèvent à 5 heures du matin pour nettoyer le sol de vos hôpitaux, nous serons forts et vous pourrez toujours vous brosser pour qu’on les paye vos impôts et ce sera fini de nettoyer vos sols. » Voilà texto ce qu’il m’a dit le prolo immigré troisième génération.
Eh bien j’y suis justement avec les Chinois mais du bon côté du manche.
ROMAN
Oui tu éviteras l’esclavage donc. Bravo !
CHARLIE
Parfaitement, mais Danny comment va-t-il trouver du boulot ici avec les félicitations du jury et ses 5 années de branlette comme il dit ?
ROMAN
Danny il dit ça !?
CHARLIE
Oui super payant les sciences nobles, molles, et les options les moins bankables de la planète et maintenant ? Danny est planté, et tout juste si tu ne me traites pas de pute parce que je me marie à un oligarque chinois.
ROMAN
Oligarque ? Le terme est réservé aux russes.
CHARLIE
Et aux putains de milliardaires communistes. Stop tes leçons à deux balles ! Mais tu as du pot, je t’aime encore tu sais pourquoi au moins ? Parce que tu n’es pas envieux, tu n’es pas haineux, tu n’es pas menteur. Tu es un malade, un malade mental et tu n’as tué personne, sauf des centaines de milliers de chômeurs professionnels qui te disent merci de les payer à ne rien faire. Et maintenant c’est le tour de Danny.
ROMAN
Je reste honnête avec moi-même. Et je ne vois pas ce que Danny vient faire dans ton discours facho.
CHARLIE
Oui, un grand intellectuel intellectuellement honnête, financièrement déclassé : tu végètes papa quand tes grands potes de gauche tes élites vivent très bien de la mondialisation depuis des années Davos Soros même combat ! Tous unis pour diviser le peuple en deux. Et Danny te succèdera, pauvre gosse, mais en bas, comme toi. Ah Il avait raison Ahmed, c’est le déclin total. Tu n’as même pas pu payer les frais de la donation de la vigne, ni Maman non plus, pas un rond.
ROMAN
Il faut voir les montants c’est incroyable.
CHARLIE
Ah ! Ça fait mal hein les droits de succession sur les héritages entre frère et sœur hein ? Normal pour de l’argent qui tombe du ciel ? Faut taxer ! 70% qu’ils te prennent. Merci les intellos égalitaires de gauche !
Tang a dû prendre un fiscaliste parisien pour démerder le truc et nous permettre de conserver à crédit les vignes de grand-mère. Du Châteauneuf du Pape. 500 000 euros l’hectare quand même ! Maman s’arrachait ses beaux cheveux quand elle a vu la note.
Finalement, qui a banqué les frais de notaire pour ma vigne ? C’est toi ou papa Tang ? Cinq minutes et deux coups de fil il lui a fallu, pendant que toi en col roulé, tu faisais un discours à la fac sur les dangers de la numérisation et de l’IA pour les libertés syndicales !
Le déclin je te dis, nous sommes les Buddenbrook de la gauche ! Faites quelque chose merde ! Allez, Bises voilà Maman sans rancune, hein ! Elle t’entretient depuis vingt ans, la travailleuse manuelle. Mais on ne t’en veut pas, papa, on a bien rigolé (et bien fumé je t’assure) à la fac.
ROMAN
Je te laisse, tu me saoules, tu mélanges tout, va retrouver ton futur mari et ne me parle plus politique.
Acte I SCENE 2
ELISE
Je viens de voir Charlie, elle pleurait qu’est-ce que tu lui as dit encore ?
ROMAN
Rien, nous avons discuté c’est tout.
ELISE
Discuté ? Mais tu passes ta vie à discuter. Arrête de discuter. Fiche-lui la paix tu entends ?
ROMAN
Tu ne vas pas recommencer ?
ELISE
Non. Si tu la boucles. J’en ai marre de tes discussions, je les connais par cœur. Tu sors ? Achète du pain, en revenant de tes discussions. Va, va discuter, mais fiche la paix à Charlie, et à Danny aussi. Ras le bol ; on en a soupé de ta dialectique, de ton militantisme, de tout sauf du bon sens. Laisse notre fille tranquille, occupe-toi plutôt de trouver un boulot à Danny et ne me parle pas des Chinois. Tu ne leur arrives pas à la cheville.
ROMAN
Elle se vend aux Chinois, Charlie.
ELISE
Ne répète jamais ça. Elle aime Tangju et il l’aime ; elle a un beau cul, des yeux bleus, un sens inné de l’élégance, elle est marrante, intelligente et par-dessus le marché, j’allais oublier, elle possède trois hectares de Châteauneuf du Pape. Qui viennent de moi. De toi ? Elle a hérité d’un diplôme de merde, comme son frère. Et d’éléments de langage comme vous dites bandes de tarés, de paumés, de donneurs de leçons le cul assis sur les marches de la faculté.
ROMAN
C’est nouveau ta grossièreté ?
ELISE
Oui et ça me fait du bien, n’en déplaise à Monsieur le maître de conférences éternel. Et Danny ? Danny qui ne dit rien, ton toutou de gauche, tondu maintenant dans une EARL avec actionnaire majoritaire Chinois alors que si tu avais eu quelques sous et si Danny s’était intéressé à la vigne de sa grand-mère au lieu de s’occuper de Gaza, nous aurions pu lancer un GAEC familial fermé, emprunter et rester maîtres chez nous. Au lieu de ça on va faire du vin avec des étiquettes écrites en Chinois. Ça me tue.
ROMAN
Te voilà femme d’affaires maintenant ! Et d’ailleurs, Danny aura sa part dans la société tu le sais !
ELISE
Oui sa part, et aucune responsabilité, tu le sais très bien. Ne biaise pas avec moi, s’il te plaît. Je te connais par cœur. Danny ? Il signera en bas à droite, pauvre gosse, mais……gosse de gauche fils de gauchiste invétéré et fier de l’être. Il ne faut pas se salir les mains monsieur l’intellectuel. On attend que ça tombe, comme d’habitude, mais les Chinois ils ne bosseront pas pour les autres crois-moi.
ROMAN
C’est faux on a préservé au maximum les intérêts de Danny. Tu es en colère, on peut savoir pourquoi ?
ELISE
Parce que je n’ai aucune confiance dans les avis de ton pote spécialiste des zones défiscalisées des quartiers défavorisés du Vaucluse. Tu crois qu’il fait le poids question prix de transferts internationaux ? Tu le sens bien ?
ROMAN
Tu t’intéresses à la fiscalité internationale maintenant ? Depuis quand ?
ELISE
Depuis qu’elle s’intéresse à moi c’est-à-dire depuis deux semaines, et depuis qu’on passe pour indignes de nos ancêtres auprès des Chinois et à ce propos, un dernier point encore : ne te mêle pas des préparatifs je te le dis tout de suite, ce sera chinois de l’entrée au dessert, sauf le dessert justement et ton boulanger favori a reçu le message : un gâteau de deux mètres de long qui représente une vigne avec au milieu une pagode. C’est à prendre ou à laisser. Et gras question beurre je ne te dis pas, je te laisse les souches moi je mangerai de la pagode en nougatine.
ROMAN
Je croyais que le gâteau représentait Notre dame et la muraille de Chine ?
ELISE
Eh bien non, ils ont changé, tu vois les symboles maintenant tu vois qui sont les patrons de la vigne maintenant ?
Ah dernier point, j’allais oublier, tes potes gauchos, je ne veux pas en voir un seul chez nous pendant que les Chinois sont là, et après ; continuez de vous sentir le cul mais ailleurs !
ROMAN
Mais d’où tu sors ce langage ?
ELISE
De tes quartiers qui votent pour vous et de mes quarante-cinq heures de boulot payés 35. Je suis dans le privé moi ; le vais me coucher, je bosse moi demain, je ne discute pas autour d’un demi de bière, locale s’il vous plaît.
ROMAN
Arrête s’il te plaît, je n’ai pas fait de réunion politique ici à la maison depuis deux ans au moins.
ELISE
On est en réunion politique depuis trente ans dans cette baraque et j’en ai marre. File n’oublie pas le pain. A demain au petit dèj. Casse-toi !
Acte I SCENE 3 (à la fac dans un local de profs, style bureau rond)
ROMAN
Claudius, tu penses que nous serons combien pour le collage demain soir ? Parce que, excuse le mauvais jeu de mots, mais c’est toujours un peu les mêmes qui s’y collent au collage !
CLAUDIUS
Avec nous trois on devrait être cinq. Kévin et Matéo sont en séminaire de dialectique Bergsonienne à la faculté de Toulouse, et concernant nos potes habituels de l’Unité Socio ils sont à Paris pour élaborer les différents scenarii selon le résultat de dimanche.
ROMAN
Merde alors, on va encore coller des affiches pendant qu’ils discutent stratégie ?
DANNY
Papa ce qui compte c’est d’occuper le terrain ; il ne faut pas laisser un cm2 de panneau aux fachos, jusqu’à dimanche. Après on pourra toujours discuter les options, mais no pasaran d’abord, stratégie ensuite.
CLAUDIUS
Il a raison ton fils, fin stratège, les chiens ne font pas des chats.
ROMAN
Oui si on est invités à entériner leurs conclusions à leurs réflexions stratégiques, mais en attendant ce sont toujours les mêmes avec leurs petits bras qui collent et tractent, pendant que les penseurs de haut vol se réunissent. Vingt-cinq ans que ça dure, et je marie ma fille samedi, donc hors de question que je colle.
CLAUDIUS
Ok Roman, reste à ta maison, restez tous les deux chez vous on s’en occupe avec la CGT et tu pourras venir voir le résultat dimanche matin si les fachos ne nous ont pas tout gribouillé. Ils sont partout en ce moment.
Plus drôle, Roman, j’ai entendu dire que le futur beau-père de Charlie ne se déplace qu’en hélicoptère, et qu’il change trois fois par jour de costar.
ROMAN
Il paraît, il faut que je m’habille en Hugo Boss pour ne pas avoir l’air d’une cloche.
CLAUDIUS
Mais nous sommes des cloches mon vieux, des cloches de gauche maîtres de conférences éternels. On se sacrifie pour éduquer pour transmettre. Pendant ce temps les autres avec trois fois moins de diplômes, ils vendent des téléphones et oui ils se payent des fringues Hugo Boss.
DANNY
On s’en fout, nous on a l’intérêt du travail, l’écriture, la recherche, la réflexion, les gens à écouter, à éduquer…
CLAUDIUS
Il parle comme un livre du parti ton fils Roman. Ecoute Danny, je te le dis là, maintenant, devant ton père, un conseil barre-toi ne reste pas dans cette filière. Il est encore temps pour toi. Ton père ne te le dira pas, mais moi je peux. Tu sais, ton idée de thèse « Imaginaire de la France dans l’esprit des migrants camerounais » (après ton abandon avec raison de tes études d’art conceptuel) tu ne vas encore rien bouffer avec ça.
Rentre vite dans la vie active tant que ton père et ses amis ont un peu de réseau pour t’aider à trouver un job. Après une thèse pareille, tu seras cuit, bon pour la fac jusqu’à la fin de tes jours, comme ton père. Ecoute Danny, fais les élections avec nous, récolte-toi aussi un peu de gloire pour ce que nous avons semé et après : le large, le grand large, la vraie vie.
DANNY
Sans blagues ? Tu dis quoi papa ?
ROMAN
Il a raison Claudius dans un sens. Réfléchis, regarde autour de toi tes potes de lycée qui travaillent, et qui vivent bien, bagnole, boites de nuit et vacances à Dubaï avec leurs copines …voilà ce qu’est une belle vie bien remplie. Je plaisante bien entendu.
D’un autre côté, il ne faut pas suivre mon exemple, il a raison Claudius, et j’ai déjà eu une conversation avec ta sœur sur le sujet. Cependant, nuance par rapport à Claudius : un, tu trouves le job. Et deux après, tu recommences l’action politique.
Bon, rentrons à la maison, on va voir un peu ta sœur qui repartira en Chine juste après son mariage. Fais-moi penser à acheter du pain sinon je vais oublier et je vais me faire lyncher par ta mère. On te laisse Claudius, tiens-moi au courant de la tendance dimanche en fin d’après-midi, à plus.
Acte I SCENE 4 (de retour à la maison, le père et le fils)
DANNY
Papa, il faudrait quand même me donner quelques explications. Le fric c’est court terme, ce n’est quand même pas l’objectif ?
ROMAN
Danny, on est tous des ratés du point de vue fric, je ne suis pas recteur d’académie mais tout le monde ne peut pas être dans le privé non plus, et il faut des cerveaux disponibles surtout dans le public le secteur public je veux dire, pour analyser la réalité, pour protéger les fragiles, pour toujours faire avancer vers plus de progrès. Donc la France a besoin d’intellectuels comme nous qui se sacrifient du point de vue fric.
DANNY
Ceux qui passent à la télé les journalistes de gauche je n’ai pas l’impression qu’ils se sacrifient beaucoup côté fric.
ROMAN
C’est l’exception Danny, ils sont dans le marché concurrentiel et profitent des avantages du marché qu’ils dénoncent.
DANNY
Ils vivent comme des bourgeois et nous on se sacrifie. Nous sommes des centaines de milliers d’intellos à ne pas ramer comme salariés dans le privé, à vivoter au chaud, en édictant la bonne conduite, et en tapant sur les grandes fortunes mais finalement on vit aux crochets des vrais travailleurs qui sont taxés à mort. Et quand en plus, ces travailleurs votent à droite et se plaignent de l’immigration on les traite de fachos. Ça m’ennuie un peu cette situation en y réfléchissant bien.
ROMAN
Mais d’où tu sors cette dialectique Danny ? Nous constituons le « rempart moral » contre les fachos et les travailleurs le savent
nous sommes la gauche progressiste, humaniste et courageuse.
DANNY
Oui mais tout cela avec de l'argent qu'on emprunte et c'est moi qui devrai rembourser ta dette. Le cordon, c'est un cache sexe mais les travailleurs qui normalement sont de gauche votent à droite maintenant alors on influence qui ? Ils voient qu'on fait appel aux dons par exemple pour un nouveau scanner quand on arrose de dons de prêts et de subventions des pays étrangers. Il ne marche plus ton cordon .Généreux avec l'étranger, fauché pour les français!
ROMAN
On est une minorité éclairée d’intellos de gauche qui faisons progresser le camp du bien du bien commun je veux dire, contre toute simplification démagogique outrancière. On fait le boulot : on les met en garde, on les sensibilise on martèle les bonnes options et piqure après piqure ils prennent le pli. Il ne faut jamais s’arrêter de combattre la fachosphère.
DANNY
Ce n’est pas un boulot, que de balancer des slogans, des mots valises. Quand on se lève à 9 heures ils ont déjà abattu 2 heures de boulot ou de transport. J’ai honte. Et tu crois qu’ils n’en savent pas autant que nous sur l’égalité de salaire homme femme par exemple depuis qu’on la leur rabâche. C’est l’égalité d’efforts et de pouvoir d’achat qu’il veut le prolo travailleur manuel entre nous les intellos et eux. On les éclaire mais eux ils mettent la main à la pâte. Et qui ramasse tranquille l’argent à la fin du mois ?
ROMAN
Tout le monde est utile Danny, et on ne va pas changer le fonctionnement du monde à nous deux. Je m’inquiète pour le moment non des autres, mais de ton avenir et de celui de ta sœur. Je vois bien que je vous ai embarqué dans mes combats et je vois que vous êtes aigris, agressifs, frustrés en quelque sorte, et prêts à vous retourner contre vos idées surtout ta mère.
DANNY
J’aurais mieux fait de faire des maths, mais comment veux-tu changer la société avec des maths tu me disais !
ROMAN
Ce n’est plus ton problème le changement de la société, ton problème c’est de profiter de la vie et plus tard de ne pas faire supporter à une femme les conséquences de tes engagements politiques.
DANNY
Beaucoup de couples d’intellectuels vivent bien et ils sont presque tous de gauche non ?
ROMAN
Oui quelques milliers qui survolent, et les autres, les petits joueurs comme nous : toujours à râler, à se plaindre ; c’est dur la vie d’artiste ou d’intellos avec un petit salaire, tu crèves de frustration à petit feu.
Tu dois abandonner ton projet Danny tu ne dois pas entrer dans cette spirale. Tu ne veux pas essayer la vigne ? Parle à Tangju.
DANNY
Mais je ne connais rien à la vigne papa, et il me croit en droit des affaires.
ROMAN
Il pourrait avoir besoin de toi. Nous sommes français une vieille famille française de souche par ta mère, la preuve les vignes, c’est le cas de le dire. Nous avons la classe qu’il vient chercher ce nouveau riche.
DANNY
La classe, quelle classe ? La seule classe qu’il connaît c’est la classe affaires, papa.
ROMAN
Bon eh bien débrouillons nous seuls pour commencer. Je vais faire jouer le peu de réseau que j’ai. Au fait tu as vu l’affiche des fachos ? Pas mal : Avignon, les 5/8 ? Non ? eh bien : 8000 retraités sous le seuil de pauvreté, 8000 emplois non pourvus, 8000 chômeurs, 8000 intermittents, 8000 barrettes de chite vendues par jour. C’est pour ça que nous allons coller cette nuit, pour recouvrir ces affiches de merde. Mais il faut reconnaître que pour le 5eme département le plus pauvre de France, ils ne sont pas loin de la vérité.
DANNY
Non je n’avais pas vu. Notre affiche « No pasaran les fachos, moins de prisons plus de boulot », ne fait pas le poids. Nous on est toujours dans les incantations. On va perdre je le sens. Les minorités vont se retrouver minoritaires on est bon pour une municipalité facho. Le pouvoir d’achat, le logement, l’école, la sécurité, les points de deal, les cambriolages les embouteillages, l’hôpital merde tous ces vieux qui n’ont plus de médecins ça te parle ? Les filles qui ne sortent plus le soir ? Charlie qui se barre en courant ça te parle ?
ROMAN
Tu fais des analyses tout seul ? Ce qui compte, c’est l’intérêt bien compris de l’électeur. Et justement, les chômeurs, les allocataires, les subventionnés, les vendeurs de chite, tous les fonctionnaires sauf les flics naturellement, les délinquants, les squatters, les immigrés première ou xième génération, leur intérêt est que la gauche reste au pouvoir, leur intérêt est que rien ne change. Et quand ils vivent à deux ça fait deux bulletins. Et si leurs parents sont vivants ça fait six. C’est comme ça qu’on gagne les élections mon fils ça s’appelle connaître sa clientèle.
DANNY
Tu parles comme un épicier de quartier.
ROMAN
Justement ce sont les quartiers qui voteront pour nous, le nombre, le nombre, et tous les intellos de gauche comme nous. Mais je te le promets j’en ai marre je n’irai plus jamais coller, ni tracter ni boiter après ces municipales.
DANNY
Elle sera contente maman, si tu tiens parole, et je te le conseille. Tchao et à demain.
ACTE II
Acte II SCENE1 à la boulangerie
ROMAN
Tiens Ahmed, bonjour que fais-tu ici ?
AHMED
Bonjour Monsieur, je suis venu acheter du pain comme vous ! Il est très bon ici.
ROMAN
Très bon mais pas donné il doit se gaver le boulanger.
AHMED
Oui il se gave de 4 heures du matin à 10 heures du soir.
ROMAN
Tu as raison, et qu’est-ce que tu deviens Ahmed, depuis le temps, en plus c’est vendredi normalement tu es à la mosquée non ?
AHMED
C’est fini ce temps-là Monsieur, plus le temps de sortir mon tapis de prière de mon camion pour prier dans un coin de rue, je bosse comme un dingue. En plus le vendredi dans mon entreprise nous avons un comex.
ROMAN
Un » comex » ? Qu’est-ce que c’est ?
AHMED
Un comité exécutif. En gros, on réunit tous les managers pour faire le point sur la semaine écoulée et pour préparer les feuilles de travail de toutes les équipes pour la semaine suivante.
ROMAN
Et vous avez combien d’équipes ?
AHMED
Environ 10.
ROMAN
Ah, et au total ça fait combien d’employés environ ?
AHMED
5
ROMAN
5 ? Je ne comprends pas !
AHMED
Nous les 5 managers, sommes les seuls salariés de notre structure. Les équipes dont je te parle, ce sont des sous-traitants qui eux-mêmes sous traitent d’ailleurs, tu vois ? Je t’explique : nous on décroche le client, généralement des entreprises mais des particuliers aussi pour leurs gros travaux. Donc on fait l’étude, les plans, très précis, les cahiers des charges très précis et eux les sous-traitants nous font des offres. On accepte la meilleure et on contrôle le travail au cm près puisqu’on a fait les plans détaillés. On ne paye que si c’est bien fait. Tu comprends ? Pas d’employés, pas d’employés en congé maladie, ou absent, pas de congés payés, pas de notes de frais, pas de comité d’entreprise, pas de syndicats. Les intervenants sont souvent autoentrepreneurs et je te garantis que ça marche. Ah oui ! Nous achetons tous les matériels donc pas question de nous mettre de la merde et les sous-traitants viennent les chercher dans notre entrepôt, et ils ne dépassent pas le seuil de 70000 euros de chiffre d’affaires par an.
ROMAN
C’est légal ?
AHMED
100% Monsieur Roman. Plus personne ne veut engager des salariés, trop d’emmerdements. Donc avec une quinzaine de sous-traitants on abat le boulot de 200 salariés. Le client ne connaît que nous et généralement il est content.
ROMAN
Alors c’est ta voiture là dehors le gros Ford avec sa benne derrière je suppose ? C’est le monstre qui te sert à transporter les matériaux.
AHMED
Oui effectivement ce n’est pas une voiture pour transporter une mariée !
ROMAN
Ecoute Ahmed, sans rancune, tu sais que j’ai beaucoup d’estime pour toi, je te félicite pour ton courage et ta réussite et j’espère que toi aussi tu te marieras bientôt.
AHMED
C’est prévu en juin vous serez tous invités.
ROMAN
Ah ! Sympa ! Bravo Ahmed, je suis content pour toi, et la fiancée tu nous la présenteras avant le mariage ou il faut attendre ?
AHMED
Elle est au bled au Maroc et ne viendra que pour le mariage. On fait les papiers en ce moment pour qu’elle vienne bien officiellement.
ROMAN
Parfait tout ça ! Ça me fait plaisir pour toi, mais dis-moi Ahmed, franchement, en France ta fiancée ta future femme tu ne vas pas la voiler quand même ? Tu es toujours aussi religieux ? Et c’est ce qui nous a tous bloqués souviens-toi.
AHMED
J’ai compris, merci. C’est elle qui décidera et je m’inclinerai. Elle est très jeune, donc très timide encore, il se peut qu’elle garde le voile, pas intégral, je te rassure, quelques années au moins, après on verra Inch Allah !
ROMAN
Bon il faut que j’y aille. Pour Charlie, On sait que tu lui gardes ton amitié. Le Maroc, la Chine maintenant, c’est la mondialisation mon ami. Tu es venu ici avec tes parents, elle, elle s’en va à l’autre bout du monde avec un Chinois. Qui l’aurait prévu ? Allez à bientôt.
AHMED
Au revoir Monsieur, je passerai en milieu d’après-midi chez vous déposer mon cadeau de mariage pour Charlie.
ROMAN
C’est gentil, merci beaucoup Ahmed et porte toi bien.
Acte II SCENE2 : le monologue du maitre de conf. De retour chez lui dans son bureau.
Il doit gagner en un mois ce que je gagne en une année. Sa combine ? Très intelligente. Moi je suis une merde au niveau financier, maître de conférences éternel comme dit Elise, pendant que mes copains de lycée sont devenus dentistes, médecins, et leurs gosses pareil. Pauvre Danny, il n’aurait pas dû m’écouter. Comex son copain ! Moi c’est comité de soutien aux artistes gabonais !
Charlie malgré son diplôme (c’est quand même dingue de dire ça !) elle s’en sort bien. Son futur mari va la prendre dans son business, et elle est très contente apparemment. Charlie n’aurait pas été heureuse avec Ahmed, d’abord il doit bosser comme un dingue comme le chinois certainement, mais surtout, il faut se fader la famille et leurs traditions, leurs tantes et leurs cousins innombrables en permanence dans la baraque, les cris, les bavardages incessants et tout le reste. Moi j’aime le calme, la tranquillité et bouquiner. Les Chinois c’est famille restreinte, volupté, luxe naturellement, raffinement, et on profite de la vie, toujours dans les avions.
C’est Danny qui m’inquiète, déjà six mois d’inscription officielle au chômage, il tient les murs comme 25% des jeunes entre 18 et 25 ans qui ne font rien, ni études, ni formation, ni boulot petit ou grand. Lui au moins il a une formation, bac+5 mais quelle connerie cette idée de le lancer comme papa dans les sciences molles pour se retrouver à pôle emploi, alors qu’il avait le goût des maths et des sciences ! Ils sont des dizaines de milliers comme lui bardés de diplômes qui ne servent à rien, tous avec une haute opinion d’eux-mêmes, avec leurs connaissances dont personne n’a besoin. Nourri de Grec et de latin il mourût de fin on disait déjà à mon époque, alors maintenant ? Des morts qui marchent, qui consomment, qui sont frustrés, qui ne produisent rien et qui sont payés à ne rien faire !
Quoi de plus humiliant que d’être payé, « indemnisé » comme ils disent, à ne rien faire ? « Indemnisé ? » tu parles ! Normalement on emploie ce mot pour réparer un préjudice, mais là quel préjudice ? Ils se sont faits plaisir avec leurs études, leurs mémoires, leurs thèses et après ? Après on les indemnise parce qu’on les a laissés se fourvoyer quand on n’aurait pas dû.
Depuis quand la société doit te payer tes fantaisies, tes goûts, tes « passions » comme ils disent ? Passionné d’art, de théâtre, de littérature, de musique, de tout ce qu’on veut, mais il faut en vivre mon vieux !! Et combien sont-ils ceux qui y arrivent ? Tout cela grâce aux subventions au mécénat une minorité de gauche souvent, je le reconnais, mais la « bottom line » comme dit Tangju qui la finance ? La caissière de supermarché.
Alors ils tournent en rond, ces jeunes surdiplômés vieux de frustrations. Ils sont à gauche naturellement, ils vivent chichement aux crochets de la société ou de leur femme comme moi, ils envient les fils à papa, ils parlent du plafond de verre des élites en place, et ils veulent cogner sur les entrepreneurs qui gagnent du fric gros comme le bras. Ils savent tout sur tout, ont lu toutes les critiques mais ne savent rien faire, ils deviennent des piliers d’ONG. Des piliers du camp du bien et haro sur les fachos qui veulent garder le pognon qu’ils ont gagné. Je simplifie, je suis nul, je devrais avoir honte. Pardon mon fils, pardon ma fille.
Mais quelle responsabilité que la mienne ! Oui mon fils les maths où tu étais doué t’emmerdaient tu voulais faire de l’art conceptuel vingt ans après la création du concept tu parles ! Ou du théâtre ? Mais tu sais une pièce de théâtre jouée à Avignon pendant le festival off ne trouvera en moyenne que 5 dates de représentations l’année suivante. Socio bon va pour socio mais sérieusement hein !
Elise devient folle de rage maintenant quand on en parle. Elle bosse dans le privé et fait son forfait je veux dire ses 50 heures par semaine payées 35 oui ! Je dois absolument trouver un job à Danny.
Acte II SCENE3 : le monologue de la mère de famille (dans le salon), elle parle tout en marchant en rond
Je suis belle encore, mais qui le sait ? Qui le voit ? Ils veulent un beau mariage « à la française », les Chinois, ils l’auront, avec chapeaux et foulards et tout le tralala. Je vais mettre un décolleté à tomber. Facile, mais une seule chose m’inquiète, mon fils. Danny. Il erre comme une âme en peine dans les rues de cette ville avec sa panoplie de gauche en bandoulière : petite barbe, cheveux longs, veste kaki, keffieh je roule mes clopes et toujours un tract à la main. Fils de militant éternel et toujours prêt pour une manif les sujets ne manquent pas, no pasaran les fachos au poteau, halte au racisme, vive la Palestine à bas Israël à bas Trump à bas Tesla, non je plaisante, à bas Elon Musk et tous les capitalistes qui détruisent les boulots avec l’IA etc.
Les immigrés, eux ils ne se posent pas de grandes questions sociales, ils bossent comme Ahmed : le fric, le cul, la bagnole, les vacances au bled ou à Dubaï le chite, le foot et la danse. Pendant ce temps tous les intellos fauchés frustrés subventionnés qui ne veulent pas se salir les mains achètent du chite et végètent, à mes frais, mon fils le premier. Pas de fierté sauf le jour du défilé des fiertés. Tu parles ! Facile ! Merde lève-toi à 5 heures comme moi, fais tes deux heures de route par jour et après on pourra discuter comme ils disent.
Que va pouvoir faire Danny ? Qui va pouvoir le sortir de cette merde ? Pas moi petite chef de labo dans le privé, dans le contrôle qualité fruits rouges, les trois quarts importés. Ça me fait mal dans une région comme la nôtre, on met en barquette les produits espagnols ! Pas Roman non plus qui compte sur ses potes, tu parles, un emploi fictif sur trois, et trois pour faire le job de deux. Ils sont trop nombreux les diplômés en sciences sociales, spécialistes du montage des dossiers de subvention à la fin, auprès de l’Europe ou de la Région, tous au chomdu, au RSA, intermittents une année sur deux, tous en galère mais la tête haute car on est de gauche et on a raison. Et comme on tient les médias on fait l’opinion mais jusqu’à quand ? Et dimanche les municipales qu’ils croient qu’ils vont encore gagner grâce aux voix des quartiers. Ils ne voient pas le boulet arriver.
Ahmed ? Le chef d’entreprise ? Non plus : Ahmed n’est pas dans les œuvres sociales, ni les 35 heures, plutôt les 70…pas la peine de lui demander même pour son pote d’enfance Danny.
Il reste qui ? Personne ! Il nous reste quoi ? Rien ! Ah si, il nous reste la lutte contre les inégalités, contre le racisme, contre la xénophobie, l’islamophobie pour le droit au logement, les sanctions contre la Russie, l’égalité homme femme, la diversité heureuse, l’écriture inclusive, l’unité à gauche, la Sorbonne et France télévision. Je m’égare. Ah il me faut un chapeau tout de suite, et un décolleté d’enfer pour papa Tang.
Acte II SCENE4 : quand Charlie rencontre Danny
CHARLIE
Alors Danny, tu viendras quand même à ma fusion émotionnelle capitalistique ?
DANNY
Ne m’agresse pas, gratuitement, ou effectivement, tu ne me verras pas.
CHARLIE
Mais je plaisante Danny, tu es nerveux, je te comprends, allez, s’il te plaît, mon petit frère, oublie un peu tes soucis pour cette période, tu auras bien le temps de gérer tout ça après.
DANNY
Je commence à le trouver un peu long, le temps, 6 mois Pôle emploi sans compter la période de 12 mois non indemnisée !
CHARLIE
Ah mais tu parles comme un vrai chômeur professionnel mon frère, « indemnités » félicitations ! T’inquiète, je plaisante, tu es dans la petite moyenne encore, donc tout est normal. Fais-moi plaisir, relaxe-toi. Mon mariage c’est celui de toute la famille, préservons-le de tous nos sujets d’inquiétude, pour qu’il soit harmonieux. Tu as entendu parler de l’harmonie dans la mentalité asiatique ?
DANNY
Non enfin oui, promis, je ne viendrai pas perturber la mélodie du bonheur.
CHARLIE
N’exagère rien, s’il te plaît, je n’ai certainement vu que le décor. Et toi, quelque chose de bien va se présenter j’en suis sûre. On est tous sur le pont pour t’aider en tout cas.
DANNY
Oui sur le pont d’Avignon
CHARLIE
Arrête tes conneries tu sais que nous sommes comme des jumeaux : quand tu souffres, je souffre.
DANNY
C’est un souci de plus pour moi, c’est moi qui bois la tasse et toute la famille trinque. Tu parles d’une harmonie, il n’y a que ton chinois qui ne voit rien, il plane complètement le Tangju le fils de son père !
CHARLIE
Détrompe toi Danny, il sait tout, voit tout, comprend tout et il a de l’affection pour toi.
DANNY
De la pitié oui.
CHARLIE
Non, il est content de rentrer dans notre famille, de découvrir la vie française de tous les jours, pas celles des magazines de design, il me l’a dit, il cherche l’authenticité populaire, ce sont ses mots il veut comprendre l’envers du décor lui aussi, il ne veut pas seulement visiter les musées et les concept stores : il veut aller dans des brasseries sympas, voir travailler de vrais artisans, il adore le travail manuel d’excellence de la France historique comme il dit. Fais-lui ce plaisir, Tu connais tous les meilleurs artisans du coin non ?
Mais voici maman qui te cherche je crois allez Danny, un peu de peps je t’en prie...à plus.
Acte II SCENE 5 : Danny rencontre sa mère
DANNY
Ah wouah maman quelle classe ! Tu es superbe, Catherine Deneuve carrément ! Tu vas éclipser Charlie qui a dit qu’elle serait une bombe sexuelle française ! Tu ne dois pas en être loin !
ELISE
Merci c’est bon Danny, juste un peu d’élégance à la française pour nos amis chinois, ils me l’ont demandé !
DANNY
Ils aiment la France, il parait, les Françaises et le vin français et donc c’est carton plein pour eux. Mais nous ? On va pouvoir absorber leurs manières ?
ELISE
On les comprendra peu à peu, pas facile de plonger dans leur monde ; tant qu’ils ne me font pas manger du pangolin ! J’aime bien ta coupe de cheveux elle fait moins étudiant que d’habitude.
DANNY
Merde pas jeune cadre, j’espère.
ELISE
Non je te rassure, mais je ne voulais pas aborder ce sujet, tu as des pistes ?
DANNY
Que des pistes noires maman, comme d’habitude !
ELISE
Sois patient
DANNY
J’envisage de rentrer dans la police tellement j’en ai marre.
ELISE
Ah tu as beaucoup de plaisanteries en réserve comme ça ? Mais si tu veux que ton père se suicide, c’est le bon moyen.
DANNY
Ecoute ça fait un an et demi que je prospecte, doucement d’accord au début, mais maintenant à fond. Tout cela pour rien donc il me reste quoi ? Le public ou le para public, les assos, les petits contrats d’enquêteur pour le microcosme administratif local, je vais me balancer dans le Rhône.
ELISE
Et le privé tu y as pensé ou ce serait déshonorant pour un gauchiste ?
DANNY
J’ai essayé j’ai rencontré un DRH, chez MSFLOWERS tu en as entendu parler à côté, pour un poste aux relations humaines et tu sais ce qu’il m’a dit le DRH ? D’abord il m’a fait remarquer que je ne connaissais aucun logiciel de gestion d’entreprise et à la fin : « Si tout le monde est artiste qu’est-ce qu’on va bouffer ?! » et il s’est marré.
ELISE
Oui ? Et si tout le monde est flic par exemple, qu’est-ce qu’on va bouffer ? C’est stupide !
DANNY
Je ne sais rien faire maman en dehors de parler.
ELISE
Comme ton père ! Mais tu as un avantage tu l’as compris jeune, contrairement à lui.
DANNY
Il se démène pour moi je le sais.
ELISE
Et il va coller ce soir ou tracter ?
DANNY
Il rencontre Claudius ou quelqu’un d’autre, et moi de mon côté, je suis prêt à planter des asperges à Remoulins !
ELISE
Ah c’est intéressant ! Tu veux rentrer dans la vraie vie par la case 1 ? Toi un fils de maître de conférences reconnu d’utilité publique ? Ouvrier agricole, spécialité asperges ? Quand tu ne sais même pas pourquoi les blanches ne sont pas vertes et inversement !
DANNY
Asperges, ou vignes ou n’importe quoi je veux apprendre je me fous de mes diplômes. Je veux entrer dans la vraie vie, arrêter de pomper du fric à ne rien faire, voir ce que j’ai dans le ventre. En fait, tu ne trouves pas que celui de Charlie a pris des rondeurs ?!
ELISE
Je n’ai rien remarqué, mais avec ces chinois toujours pressés… Embrasse-moi Danny il faut que j’y aille. Ils veulent des enfants en Chine mais pourvu que ce soit un garçon non ? Allez, je te soutiens remue-toi et fonce, tu commences à comprendre mon fils.
Acte III SCENE 1 où l’on fait connaissance avec Tangju
TANGJU
Bonjour Monsieur Roman, comment allez- vous bien ?
ROMAN
Merci Monsieur Tangju, tout va bien et vous prêt pour le grand saut ?
TANGJU
Le grand sot qui ça le grand sot ?
ROMAN
Le grand saut s a u t, pas sot s o t regardez sur google vous comprendrez votre méprise.
TANGJU
Je ne méprise personne Monsieur Roman
ROMAN
Bon, on recommence à zéro, vous avez des problèmes avec la langue française. Monsieur Tangju tout va bien et je suis content de vous accorder la main de ma fille, la main de ma fille dans la culotte du zouave, c’est ok ?
TANGJU
C’est ok je comprends la main de votre fille, très belle fille, très belles mains pour porter bijoux Dior, Dior j’adore !
ROMAN
Moi aussi, et votre père ? Il est arrivé ? En aparté : Il surjoue le Chinois débile mais je ne suis pas con au point de rentrer dans son jeu.
TANGJU
Yes papa visite les vignes de Charlie avec œnologue australien spécialiste côtes de Rhône.
ROMAN
Côte du Rhône mon ami. Ah, il va être certainement très bon le nouveau Châteauneuf du Pape made by China. Avez-vous un souci, une question ?
TANGJU
Oui où est ma fiancée ? Nous devons faire beaucoup de photographies pour les magazines de mode et de vin, bon pour le business !
ROMAN
Certainement, je vais la chercher ; ah la voici ! ma chérie je te laisse avec ton amoureux j’ai rendez-vous avec Allaloupe.
CHARLIE
Le député ? Tu ne l’as pas invité à mon mariage j’espère ? Je ne peux pas l’encadrer ce nervi.
TANGJU
Je ne comprends pas darling tu veux encadrer quoi ?
CHARLIE
Rien Tangju, c’est une expression française pour dire qu’on ne peut pas blairer quelqu’un.
TANGJU
Blairer quelqu’un ? Je ne comprends pas encore ! Difficile le français !
CHARLIE
Je t’expliquerai, tu verras c’est très facile je t’apprendrai tout cela, laissons papa à ses rencontres pathétiques nous on va prendre des photos.
ROMAN
Merci Charlie, et mollo s’il te plaît, avec Allaloupe, il a peut-être un job pour ton frère, merci d’avance pour lui hein. Il n’est pas invité, non on reste dans l’intime chinois, à cinquante.
Acte III SCENE 2 Monsieur Allaloupe entre en scène
ROMAN
Comment allez-vous Monsieur le député ? Ravis de vous recevoir, nous sommes en plein préparatifs du mariage de ma fille, et donc tous un peu nerveux mais je vous en prie, installez-vous, c’est l’heure de l’apéritif j’ai un très bon whisky français, breton, si vous êtes amateur, ou un très bon petit pastis artisanal local ?
Monsieur Allaloupe
Un pastis volontiers, restons local avant de tomber dans le saké, car si j’ai bien compris votre future belle famille est d’origine un peu chinoise ?
ROMAN
Un peu oui ! J’aurais bien aimé vous les présenter mais ils sont en train d’inspecter nos vignes enfin nos ex-vignes puisque par ce mariage elles vont presque devenir leurs vignes maintenant aux Chinois…tout le monde est au courant dans le landerneau provençal.
Monsieur Allaloupe
Des immigrés comme la droite les aime mon cher Roman, investisseurs, polis, riches, internationaux, multinationaux et tout sauf musulmans, qui consomment à mort, du canard et du porc eux, qui investissent, qui retapent les vieux châteaux, et qui boivent du vin, leur vin bientôt. Si je me mets à votre place un instant, faire du démembrement sans payer trop de taxes tout en gardant un droit de regard sur ces vignes ne doit pas être évident …
ROMAN
Vous avez tout compris. Vous connaissez les entourloupes fiscales que nous combattons habituellement eh bien là j’ai l’honneur de vous dire que mon épouse ne m’a pas écouté un instant. Le maître mot pendant un mois : « pas d’impôt », vous voyez. Si vous tenez à votre peau ne mentionnez jamais le mot impôt dans cette maison devant ma femme.
Monsieur Allaloupe
C’était une parenthèse, mais j’apprécie votre jeu de mots et le conseil, merci. En fait tout cela ne me regarde pas, je vous taquinais Roman, revenons à nos moutons, à nos enfants je veux dire : Claudius m’a parlé de votre fils et j’ai peut-être quelque chose pour lui, enfin, si ça l’intéresse.
ROMAN
Merci d’avance mais vous savez comment sont les jeunes aujourd’hui. Ils n’ont rien et font les difficiles. Et quand ils sont dans la boîte ils veulent du télétravail même les jardiniers.
Monsieur Allaloupe
Jardiniers ? Comme c’est étrange ! Oui Ils sont très exigeants les jeunes, ils crèveraient de faim si nous n’avions pas toutes nos aides sociales qu’on se bat pour garder et amplifier. L’atterrissage après les études est dur, reconnaissons-le, c’est notre faute, on les laisse choisir d’étudier ce qu’ils aiment au lieu d’étudier ce dont le marché a besoin. Non je plaisante bien entendu ! Encore que … vous connaissez le modèle de Turchin n’est-ce pas ?
ROMAN
Je ne suis pas sûr de vous suivre, excusez-moi.
Monsieur Allaloupe
Très simple cher monsieur vous connaissez le jeu des chaises musicales ?
ROMAN
Oui, bien entendu, mais
Monsieur Allaloupe
Mais c’est le problème de nos jeunes surdiplômés en matières qui n’intéressent personne, ils restent sur le carreau car les chaises qui rapportent (les bons jobs) sont déjà prises ou en voie de raréfaction, donc ils sont frustrés donc ils deviennent méchants. Ajoutez à cela l’Etat qui n’a plus un rond pour les entretenir à ne rien faire, et la bataille acharnée des classes populaires pour survivre dans un contexte d’inflation alors que leurs revenus reculent et c’est le cocktail explosif ! Alors nos braves étudiants éternels se muent en défenseur du peuple, facile car c’est la gauche qui redistribue en principe, et vous voilà militant de gauche parce que bien frustré, bien déçu pour vous-même ! Vous comprenez ?
ROMAN
Je vois le raisonnement en effet.
Monsieur Allaloupe
Et le comble de tout ça vous le voyez ? Non ! Eh bien je vais vous le dire : qui paye leurs allocs à tous nos bobos diplômés au chômage ? Eh bien ceux qui bossent, avec les charges qu’on prend sur leurs salaires, et avec les impôts qu’on prend sur leurs revenus ou sur leur retraite quand ils y sont ! Et comme ça ne suffit pas, eh bien facile 3500 milliards de dette pour faire l’appoint.
Il devrait étudier Turchin votre fils mais il risque de devenir facho ! Allez, je plaisante encore, j’aime bien jouer les provocateurs mais en privé seulement bien entendu.
Bon passons, le poste auquel je pense, pour Danny, votre fiston, il a de la chance, est dans l’environnement, un domaine qui plait généralement, et en plus on est dans le parapublic. Pour la paye ce ne sera pas Byzance mais c’est toujours mieux que l’allocation solidarité, et surtout on a du boulot ce qui permet de voir d’autres têtes, d’autres têtes que des têtes de déterrés, de sociologues atterrés.
Vous êtes un peu atterré ! ? Ne vous en faites pas, je plaisante, je suis bien de gauche, comme vous, mais il n’y a qu’un système et de temps en temps il faut entrer dedans, vivre le réel comme disent nos ennemis. Vous êtes d’accord avec cette approche ?
ROMAN
Je vous écoute
Monsieur Allaloupe
Bon, votre fils est-ce qu’un poste de responsable jardins et fontaines l’intéresserait, a priori ?
ROMAN
Jardins et fontaines ? Euh… Monsieur Allaloupe, je ne vois pas le rapport avec ses études.
Monsieur Allaloupe
Moi non plus. Le rapport c’est moi, c’est vous, notre engagement, donc le sien. Le reste ? On apprend quand on n’est pas con, et vu le niveau thèse de votre fils il s’adaptera facilement. Il s’agit de gérer administrativement tous les jardins et fontaines (c’est comme ça que ça s’appelle, poétique non ?) des propriétés gérées par le comité d’entreprise du groupe d’assurances AHG2ZAMOURS, Zamours pas Zemours . Ah ah ah ! Vous connaissez le groupe ?
ROMAN
Par la publicité à la télé.
Monsieur Allaloupe
Bon, eh bien c’est bien ce groupe, et naturellement tout cela marche comme sur des roulettes qui ont tendance à tirer un peu à gauche, naturellement (j’emploie souvent le terme naturellement vous remarquez, mais c’est naturel quand on parle jardins donc nature) mais quand même je ne vous le cache pas il y a un petit sujet, en fait deux petits sujets : il s’agit de remplacer deux personnes…
ROMAN
Deux personnes ?
Monsieur Allaloupe
Oui un gars et une nana, 2 postes qu’ils fusionnent en un seul vu que votre fils a 26 ans et que les deux sur le départ font ensemble 120 ans. A la direction ils ont pensé qu’un jeune pourrait bien abattre le boulot de deux anciens et il y aura 6 mois de tuilage comme on dit dans l’administration, vous voyez ce que je veux dire ? Dans le privé c’est « Tiens voilà la moto démerde toi ! ». Là 6 mois de tuilage avec papa maman. Qu’est-ce que vous en pensez ? Je m’occupe de tout, de son dossier, de son entretien d’examen d’embauche. Il n’a plus qu’à réussir le contrôle médical et se trouver une femme qui aime la campagne chic, Mais : le hic du chic c’est que (vous vous souvenez je vous ai dit « deux petits sujets ») le poste est à…à…à… ! Rambouillet !
ROMAN
Rambouillet ? Merde ! Ce n’est pas à côté. Sa mère ne va pas aimer du tout.
Monsieur Allaloupe
C’est Rambouillet dans le grand nord de l’Europe ou Pôle emploi au Pontet il choisit ou sa mère choisit pour son petit poussinet !
ROMAN
La vache, fini les joggings dans la garrigue, au milieu du thym, de la lavande et du romarin.
Monsieur Allaloupe
Il se regardera courir sur les allées forestières grand siècle, c’est autre chose non ? Bon tenez moi au courant rapidement (courant, courir vus saisissez l’urgence). Au fait si vous avez du neuf pour ma fille je suis preneur !
ROMAN
Monsieur le député, merci beaucoup d’abord. Tenez reprenez un petit pastis pendant que je vous explique le topo. D’abord, votre fille est très douée, son professeur principal (droit pénal des affaires donc) une très vieille amie que je connais depuis mathusalem, m’a dit, m’a certifié même, qu’elle n’aurait aucun mal à décrocher une mention très bien, ce qui est la condition numéro 1 pour qu’elle lui fasse une recommandation pour la cheffe de cabinet du directeur de cabinet du secrétariat du garde des sceaux, vous suivez ?
Monsieur Allaloupe
Ah lala c’est super, et ce mathusalem je ne le connais pas ; il est de gauche ?
ROMAN
Oui bien entendu je vous passe les détails, vous pouvez compter sur cette filière, et si en plus votre fille est jolie et surtout pas voilée hein il n’y aura aucun problème
Monsieur Allaloupe
Attendez, je ne suis pas musulman et ma fille non plus ! Et ma fille n’est pas une pute non plus, enfin pas à ma connaissance. Au fait, mon prénom c’est Luke je vous signale Luke Allaloupe rien à voir avec Allah et tutti quanti !
ROMAN
Je plaisantais, Monsieur Allaloupe, mais comme votre QG est dans les quartiers, je croyais excusez-moi ! Il faut absolument qu’on fasse mieux connaissance, je vous inviterai avec votre épouse après le mariage de ma fille. D’ici là il faut qu’elle bosse dur votre petite, dites-le-lui.
En tout cas merci pour Danny, je vais lui vendre le job mais sa mère ne va pas aimer : Rambouillet ça fait vraiment loin quoique 2 heures et demie de TGV au départ de Gare de Lyon et il sera dans les bras de sa maman. C’est l’essentiel pour elle. Ils ne coupent jamais le cordon les gosses d’aujourd’hui …
Monsieur Allaloupe
Les garçons, oui mais les filles c’est différent, elles n’ont qu’une envie : se barrer. Je vous laisse négocier avec votre fiston et je dis à ma jeune de bosser le droit pénal au lieu de regarder ces influenceuses de merde, de mode je veux dire, excusez-moi. Compris le message. Aurevoir Monsieur Roman.
ROMAN
Aurevoir Monsieur Allaloupe.
Monsieur Allaloupe
Appelez-moi Luke ! Aurevoir. Et merde aux fachos ! On va s’occuper d’eux. Dimanche soir toute la gauche va danser en plus de vos chinois.
ROMAN
J’espère !
Acte III SCENE 3 : le père et le fils dans le même bateau
DANNY
Papa, j’ai lu ton mail, je ne peux accepter ce poste, 1 ce n’est pas démocratique de bypasser le processus de sélection, 2 je n’y connais rien aux jardins et fontaines, 3 les employés seront frustrés de voir arriver un mec de l’extérieur. Tu te rends compte débouler sans aucune expérience pour gérer trente-deux employés en tout dont vingt-quatre administratifs, et en plus l’aspect gestion du personnel, je n’ai jamais vu une feuille de paye de ma vie.
ROMAN
Eh bien tu verras la tienne et c’est l’objectif numéro 2. L’objectif numéro 1 est que tu bosses, au lieu de raser les murs, que tu apprennes à bosser et en six mois de passation de pouvoirs tu auras le temps de comprendre le fonctionnement d’une machine qui tourne déjà très bien.
Il me l’a garanti Allaloupe, il n’y a pas de loup ! Pasdeloupallaloupe tu piges ! Tu arrives, tu écoutes tu comprends, tu fermes ta gueule, tu ne parles pas politique et tout roule ! Et une fois par mois tu reviens voir ta mère et tes copains qui tiennent les murs de la fac.
DANNY
Oui, et après le boulot ? Je parle aux arbres ? J’étudie la faune et la flore ? Les débats à organiser, les réunions de section, les compte-rendu pour Paris, les articles pour le site des jeunes pour le progrès, l’aide aux militants tu vas prendre le relai ?
ROMAN
Certainement pas. Fini tout ça, j’ai assez donné, maintenant je récolte moi aussi, enfin, la preuve avec Allaloupe. Toi tu n’auras qu’à t’amuser, lancer des études sur l’amélioration du bilan carbone, sur la récupération des eaux de pluies ou des fontaines, sur la gestion du parc automobile (12 bagnoles quand-même, en plus des quatre tracteurs, et des douze moto pompes). Merde c’est intéressant tout ça et tu as vu le salaire pour 35 heures six semaines de congés payés et la cantine du château de Rambouillet où tu rencontreras certainement des historiens d’art et peut-être des jolies conservatrices !
Ecoute Danny une occasion comme celle-là on n’en a pas deux. Maintenant si tu préfères finir médiateur dans un quartier…Réfléchis mais vite, parles en à ta sœur, à ta mère et Ahmed pourra te donner plein de tuyaux pour améliorer la rentabilité. C’est un roi de l’embrouille, j’ai discuté avec lui et il a des combines toutes plus légales les unes que les autres qui pourront t’être utiles.
DANNY
Ahmed va se foutre de moi oui, il va me traiter de planqué.
ROMAN
Non, il sera même admiratif car ils ne sont pas si nombreux les bobos woke comme toi à accepter de bouger leur cul de s’expatrier pour gagner de la thune comme vous dites. Salut à demain !
Acte III SCENE 4 Elise rencontre Ahmed
ELISE
Ahmed ? Bonjour vous rendez une petite visite à Charlie ?
AHMED
Oui Bonjour madame, je venais lui dire bonjour et lui donner mon cadeau de mariage.
ELISE
C’est gentil, mais désolée elle est dans les vignes avec son fiancé et son futur beau-père, ils visitent. Et vous comment allez-vous ? Roman m’a dit vous avoir rencontré à la boulangerie, et que faisiez un tabac dans les affaires immobilières, votre réussite me fait plaisir et Charlie aussi est ravie pour vous.
AHMED
Merci madame, je me débrouille, et vous toujours dans les calculs et la chromatographie en phase gazeuse ?
ELISE
Ah mais Ahmed, là vous me sidérez même mon mari il n’arrive pas à retenir le nom de cet instrument d’analyse pourtant vieux comme le monde ! Bravo !
AHMED
J’aime tout ce qui est technique, pragmatique, clair.
ELISE
J’avais bien remarqué que vous étiez très attentif aux choses et aux gens, très concentré, toujours depuis votre adolescence. Vous vous impliquez quand vous faites quelque chose d’où votre réussite d’ailleurs.
Et votre famille ça va ?
AHMED
Oui, et non : on y croyait dans ma famille à ma relation avec Charlie. Je peux vous le dire aujourd’hui votre fuite nous a fait très mal à toute ma famille, on s’en remet à peine.
ELISE
Je vois, je sens un peu d’amertume dans votre voix. Oubliez ! Je peux vous le dire aujourd’hui moi aussi, nous avons eu peur, un vrai choc culturel. Très peur, tous, et surtout Charlie la principale intéressée quand nous avons rendu visite à votre famille.
AHMED
Vous auriez dû m’en parler. J’aurais mieux préparé la rencontre.
ELISE
Mais on ne s’y attendait pas du tout, non, c’est mieux comme ça finalement je vous le dis franchement. On ne doit pas cacher la réalité. On a vu le fossé. Pas question de sauter dans un monde musulman, pratiquant, 100% charia. Nous dans ma famille on est, depuis toujours, de gauche, libérées, pas de sous-tif, vous remarquez ? pas de voiles, pas d’interdits pas de mecs qui nous surveillent et nous n’avons pas envie de changer. Votre mariage a été plié en 5 minutes désolée. Et toute notre famille a été d’accord.
AHMED
Merci d’être aussi franche. J’ai déjà tiré la leçon de cette humiliation.
ELISE
J’en suis encore désolée car je vous aime bien vous êtes le meilleur ami qui soit pour Danny mais Charlie ? Pas possible, nous n’avons pas eu le choix. Ahmed, transmettez à votre famille toutes nos excuses encore une fois, toute ma sympathie et moi je garde pour vous toute mon admiration et respect pour votre savoir-vivre, votre caractère, votre courage dont votre trajectoire professionnelle encore une fois est un bon exemple.
AHMED
D’accord, merci, j’apprécie, et je transmettrai, mais l’écart culturel avec les Chinois vous l’avez mesuré aussi ?
ELISE
Ou, on est embarqué avec un milliard et demi de Chinois qui ne pensent qu’à profiter de la vie. Beaucoup moins stressant que de l’être avec trente musulmans pur sucre, pure charia. Vous me comprenez j’en suis sûre.
AHMED
Ok, n’en parlons plus. Voici mon cadeau de mariage pour Charlie. Je ne viendrai pas dimanche naturellement. Mais il me semble que vous vous apprêtez à sortir, je ne veux pas vous retarder, vous êtes très élégante.
ELISE
Merci Ahmed, merci, je fais quelques efforts d’apparence, en effet l’âge arrive vite.
AHMED
Il vous a oublié l’âge, vous êtes toujours très belle.
ELISE
Ah vous trouvez ! Comment ça « toujours très belle » ? Vous étiez supposé n’avoir d’yeux que pour Charlie, Ahmed, vous me gênez, rétrospectivement comme diraient les juristes.
AHMED
Aujourd’hui comme hier, Madame, vous êtes la femme occidentale rêvée ; j’aimerais tant que ma femme vous ressemble, quand elle aura trente ans mais c’est impossible.
ELISE
Mais j’ai cinquante ans Ahmed, maintenant !
AHMED
Oui, comme vous êtes maintenant, dès qu’elle aura trente ans, et tout le temps comme ça, une belle allure comme ça avec vos cheveux tirés, votre maquillage, votre très belle allure oui. Comme ça je veux qu’elle soit, toujours !
ELISE
Vous avez changé Ahmed, où est-il le jeune homme si timide ?
AHMED
Justement Madame, il vous contemple maintenant comme un homme, le jeune homme, il vous voit si belle, il vous baise les pieds Madame.
(Il s’agenouille, lui embrasse les chevilles puis remonte rapidement la prend dans ses bras et l’enlace complètement, elle résiste mais peu)
ELISE
Ahmed, je vous en prie s’il vous plaît, lâchez-moi. (En se détachant gentiment de lui)
AHMED
Ah excusez-moi tenir une femme comme vous dans ses bras. Mon Dieu. Je veux que ma femme devienne belle comme vous.
ELISE
Elle le sera certainement et merci encore de tous ces compliments je n’ai plus l’habitude avec tous ces wokes qui se brident la parole et le geste ! La meilleure façon de le dire est de le faire disait Molière (et Che Gevara soit dit en passant) vous avez raison Ahmed, ne vous laissez pas châtrer ni par les woke ni par votre religion. Tenez-moi au courant quand vous vous marierez, je ne veux pas vous revoir avant, Ahmed, vous nous pardonnerez n’est-ce pas ? On vous aime bien, nous toute notre famille.
AHMED
Oui madame, vous êtes tous pardonnés car naïfs au dernier degré, aurevoir, merci pour votre amitié, et j’espère que Charlie sera très heureuse.
Acte III SCENE 5 : derniers espoirs d’un job en famille douchés
TANGJU
Danny, j’ai parlé à mon père de ton idée, il a dit non, pas maintenant, plus tard peut-être. Il dit tu es professionnel du droit pas des vignes.
DANNY
TANGJU
Je suis désolé Danny.
DANNY
TANGJU
On pourra en reparler demain avec mon père si tu veux pendant le déjeuner ou avant, à l’hôtel ?
DANNY
Merci Tangju, on n’en reparlera plus jamais. Salut !
TANGJU
Danny, quand on parle en famille on ne perd pas la face. Ne te vexe pas. Où tu vas ? je peux t’accompagner ?
DANNY
Non je vais au cimetière sur la tombe de ma grand-mère, de mes ancêtres.
TANGJU
Ah c’est bien d’honorer les ancêtres ; attends j’ai besoin te dire une autre chose importante.
DANNY
Oui je t’écoute.
TANGJU
Hier je suis passé devant ta chambre, et j’ai senti odeur cannabis. En chine peine de mort pour trafic de drogue, alors si tu aimes drogue mieux tu ne viens pas en Chine. Et mon père déteste, lui rien faire pour toi si tu as un problème avec drogue. Tu es averti maintenant, désolé.
Acte IV Chacun parle en son miroir
SCENE 1
DANNY
Papa Tang a dit non. Le salaud il ne veut pas de moi pour travailler sur la propriété de ma grand-mère. Ce n’était qu’une idée mais il y avait un lien sentimental me permettant d’accepter de démarrer à zéro. Elle est à moi cette vigne, elle m’appelle, putain pourquoi je n’ai pas fait de l’œnologie ?
Ton père t’a trouvé un boulot. Tu veux le prendre à quelqu’un de plus qualifié que toi ? Et qui en a besoin pour faire vivre sa famille ? En plus, Rambouillet, c’est l’enfer, plus de soleil, plus de copains, plus de politique, plus rien quoi ! Je ne suis rien moi là-haut.
Et ici ? Rester à la maison, et vivre en ouvrier agricole ? Mais est-ce qu’ils voudront de toi dans les champs ? Et là, tu piques le travail aux immigrés toi le fils d’un maître de conférences de gauche ? La honte totale. Tu vas tuer ta mère.
Mais être payé à ne rien faire, Je ne peux plus. Je veux faire un vrai boulot être payé pour faire quelque chose et être payé, bien ou mal, je m’en fous je ne veux plus vivre aux crochets de la caissière de supermarché.
Je vais en parler à Charlie dès qu’elle revient de chez son couturier. Demain c’est le grand jour pour elle, pour toute la famille, privatiser 3 jours La Mirande quand même il a des moyens le papa Tang, pourvu que tout se passe bien ! On ouvre les festivités à 12 heures avec un lunch léger puis direction la mairie et ensuite la cathédrale, tour de ville en calèche puis retour à l’hôtel pour dîner de cérémonie 20h et fête jusqu’à l’aube, on va s’éclater. Départ le lundi à l’aéroport à 10h30 juste après le jour des élections ; il faut que je vérifie avec l’hôtel que tout est ok. J’irai voter dimanche après-midi.
Acte IV SCENE 2
ROMAN
J’ai fabriqué mon clone. Pourvu qu’il le prenne ce job à Rambouillet, mais le climat… il va crever. Sinon ici ? Marcher dans les rues, traîner au lit, boire des pots en ville, lire, lire, toujours lire, des annonces des milliers d’annonces, écrire, écrire, ne jamais recevoir de réponses, n’avoir envie de rien, marcher dans les rues, je l’ai vu l’autre fois, il m’a fait pitié, c’est ton fils je me suis dit, merde sors-le de là ! Il n’y a pas de boulot en fait, la ville est sinistrée une boutique sur trois de fermée, que des bars éphémères. Où sont passés les paysans qui venaient claquer leur argent le samedi ? Ils commandent par internet, en Chine, et nous on livre. Hormis les fonctionnaires et assimilés, hormis des entreprises hyper spécialisées et quelques artisans de haut vol, tous livreurs, tous serveurs, tous dans les services, la restauration, la fête et la vente de souvenirs. Heureusement il reste les vieilles pierres et des touristes mais même les santons viennent de Chine ! Qui aurait prévu cette merde de nivellement par le bas, grâce à la mondialisation, et de plus en plus d’immigrés qui prennent tous les boulots durs et mal payés quand ils ne sont pas à pôle emploi ou en prison ? Tous interchangeables ! Ton diplôme ? Poubelle, qu’est-ce que tu sais faire là maintenant tout de suite ? Rien ! Je vais lui baiser les pieds à Allaloupe, mais j’ai intérêt de m’occuper de sa nièce, une vraie tortue celle-là question cerveau, mais mademoiselle veut faire du droit sans se fatiguer…Enfin elle a de sacrés atouts question relations humaines potentielles.
Acte IV SCENE 3
CHARLIE
Tout est prêt, Papa Tang et ses invités seront tous à l’hôtel ce soir pour une soirée entre chinois only. Tant mieux, il me faut du repos et gérer maman qui pleure sans arrêt, et Danny je ne sais pas où il est. Il doit préparer son discours pour mon mariage ou son analyse du scrutin de dimanche puisqu’on connaît d’avance le résultat. « A gauche toute » ou « les électeurs n’ont pas voulu du changement » ou « La gauche unie plus forte que la droite unie » et je connais déjà les titres des raclures de droite : « les quartiers ont voté massivement l’accroissement de la dette » ou « la gauche fait le plein du vote immigré » ou « Toujours plus de la même chose qui ne marche pas » etc.
C’est plié d’après papa. Mais on aurait dû faire ce mariage quinze jours plus tard, je n’aime pas ces périodes électorales. Voyons si je trouve maman.
Acte IV SCENE 4
ELISE (seule)
Quel choc ! Le petit Ahmed qui ne m’avait pas oubliée visiblement. Enfin, tu es toujours séduisante et ce n’est pas si mal, tu ne vas pas te plaindre. On m’a dit que madame Tang, sa deuxième épouse était très jeune et très belle ; il faut que tu assures. J’ai ce qu’il faut comme robe et bijoux.
Demain notre gauchiste de fille se marie avec le fils d’un homme d’affaires Chinois. Après demain on va a priori repartir pour cinq années de gauche à la mairie. Et moi dans tout ce cirque ? Ma vie tout le monde s’en fout je suis la mère de la mariée et la femme du « professeur de faculté », tu parles, du maître de conférences à vie, étudiant éternel, amoureux éternel, colleur d’affiches professionnel. Il ne connaît pas sa chance Roman. On case Charlie. On case Danny s’il prend ce boulot. Merci Monsieur Allaloupe, mais il ne le prendra pas. Je ne le veux pas. Il en a marre de tenir les murs de la fac ici au soleil, mais rien que le nom de Rambouillet tu as envie de fuir. Ça pue le fric, les chevaux de course, et les baraques avec des clôtures de 4 m de haut. Il ne faut pas qu’il le prenne ce boulot je ne veux pas qu’il se pende à un arbre. Tous artistes qu’il a dit le maire, tous créatifs, ville de culture et on bouffe quoi avec le pognon des autres ? Tous artistes tous artistes ratés oui mais de gauche bien entendu donc tout va bien. Mais voici ma coiffeuse, demain matin la maquilleuse, une dernière retouche à ma robe. Je vais cartonner au bal.
ACTE V ET DERNIER
Acte V SCENE 1
Dans le salon des parents, personne, une radio restée allumée, de la musique classique et soudain interruption pour laisser place à un flash d’actualité. Il est samedi matin,12h30.
Nous interrompons nos programmes car un dramatique incident se produit en ce moment dans un hôtel restaurant d’Avignon, des dizaines de convives sont pris en otage par une bande de malfrats dont on ignore le nombre qui les ont obligées à remettre tous leur bijoux, argent et téléphones sous la menace de couteaux et d’armes à feu. La police est sur les lieux, elle encercle l’hôtel, il s’agit d’un lieu nommé « La Mirande » bien connu des avignonnais et des touristes du monde entier, pour son luxe classique et sa cuisine étoilée.
Notre correspondant nous informe que nombre de ces personnes sont de nationalité chinoise, venues toutes ensemble pour participer à un mariage entre un ressortissant Chinois et une Française vivant à Avignon. Dans un quart d’heure nous ferons un nouveau point.
12h50
Nouveau flash d’actualité sur cette prise d’otage en plein centre d’Avignon. Des coups de feu ont été entendus, il y a 5 minutes ; plusieurs dizaines de policiers sont sur les lieux dont le RAID appelé en renfort et arrivé en hélicoptère posé sur la place du Palais des Papes. De nombreuses ambulances sont tous feux allumés en attente sur le parvis également. Tous les hôpitaux sont en alerte et le ministre de l’Intérieur se rend sur les lieux. Aucune autre précision pour le moment. Nous revenons vers vous dans un quart d’heure.
13h Flash info sur la prise d’otage d’Avignon
Le ministère de l’intérieur communique actuellement. Le préfet en fait, il est devant le parvis de l’hôtel de ville, nous l’écoutons en direct : « Mesdames et messieurs nous sommes face à une situation difficile car nous ignorons actuellement si les individus armés qui ont rançonné les convives sont encore sur les lieux. Nous savons en revanche grâce à un employé qui a envoyé un sms au 17 avant qu’on ne lui vole son téléphone qu’ils ont grièvement blessé deux personnes qui font partie du personnel de l’hôtel et qui ont essayé de s’interposer. Le RAID est prêt à intervenir, si ces individus ne se rendent pas, nous essayons d’ouvrir des négociations. C’est tout ce que je peux vous dire. Merci prochain point dans une heure ».
Voilà les derniers éléments d’information : deux blessés graves donc et on n’en sait pas plus sur ce qui se passe à l’intérieur de l’hôtel, mon correspondant m’informe que l’on entend des déflagrations. Nous apprenons que l’ambassadeur de Chine en France se rend sur les lieux, en effet une cinquantaine de ressortissants Chinois seraient actuellement victimes de cette prise d’otage.
14h Flash sur la prise d’otage de l’hôtel La Mirande à Avignon
La prise d’otage est finie. Les membres du RAID infiltrés par les toits ont abattu deux hommes qui semble-t-il se sont sacrifiés kalashnikov en mains pendant que leurs complices s’enfuyaient avec leur butin sans qu’on sache encore comment à l’heure actuelle. Tous les convives du restaurant sont sains et saufs mais les deux membres du personnel qui se sont courageusement interposés sont décédés des suites de leurs blessures. Nous attendons d’un moment à l’autre une déclaration du ministre de l’Intérieur qui a suivi le déroulement de l’opération depuis le QG installé dans un camion, sur la place de l’Horloge. Des personnels hospitaliers sont dépêchés sur place, les clients de l’hôtel refusant semble-t-il de sortir de l’hôtel et de se séparer. Ils seraient en grand nombre commotionnés, beaucoup sont des personnes âgées, mais aucun d’eux ne verrait son pronostic vital engagé. Les ambulances commencent à repartir, le RAID reste sur place fouillant le moindre recoin de l’ensemble hôtelier et donc toutes les chambres en sus des locaux communs. Le ministre devrait s’exprimer dans un quart d’heure. Je vous rappelle dès qu’il prend la parole.
14h55 Flash sur la prise d’otages d’Avignon, le ministre est au micro.
« Mesdames messieurs, l’opération de fouille du bâtiment ainsi que des bâtiments et rues adjacentes à l’hôtel où s’est déroulé ce drame abominable est terminée. Je vous donne le bilan définitif, lourd à cette heure : deux morts parmi les employés tous deux pères de famille et employés de longue date de l’hôtel, nos pensées vont à leur famille. Deux blessés dont un en urgence absolue parmi les membres du RAID, deux pères de famille aussi dont je dois préserver l’anonymat selon leurs règles d’engagement. Les preneurs d’otage maintenant : deux d’entr’eux sont morts un troisième est dans un état très grave son pronostic vital est engagé. Tous trois ont été identifiés rapidement car ils sont bien connus des services de police et de la justice. Les preneurs d’otage étaient au nombre de six. Donc trois ont réussi à s’enfuir, et ce avec leur butin. Nous ne tarderons pas à connaître leur identité et à les arrêter, des actions de police sont d’ores et déjà en cours. Nous bloquons tous les accès à deux quartiers et à toutes les sorties de la ville. Compte tenu qu’ils sont à pied nous devrions pouvoir les arrêter rapidement et je demande à toute la population de rester chez elle, de ne pas sortir. Nous aurons certainement des informations nouvelles après exploitation des bandes vidéo des caméras. Je vous remercie. »
Voici tout ce que nous savons. Je propose de vous appeler à 17 heures pour un nouveau flash. Toute la ville je peux vous le dire est sous le coup de l’émotion, en tout cas ceux que nous croisons car le ministre vous l’avez entendu a demandé aux habitants de rester terrés chez eux.
Acte V SCENE 2
Le lendemain matin dimanche vers 13 heures.
La radio
La prise d’otages d’hier a visiblement traumatisé la petite communauté chinoise qui venait assister à ce mariage annulé bien entendu. Tous les ressortissants Chinois sont montés dans un bus ce matin à 10h direction l’aéroport de Marseille. Aucun d’eux n’a accepté d’être interrogé par la police ; leur ambassadeur les accompagnait. Ce dernier n’a fait aucune déclaration. On ne sait toujours pas à combien peut-être estimé le butin des malfrats qui n’ont toujours pas été retrouvés. L’hôtel est fermé.
ROMAN qui entre dans la pièce, suivi d’Elise
Tang n’a même pas voulu me parler ce matin, quand je suis passé à l’hôtel. Il s’était enfermé dans sa chambre avec l’ambassadeur de Chine ; Tangju est parti aussi. Charlie, était dans le bus aussi. Danny est complètement traumatisé, les flics l’interrogent il devrait revenir en fin d’après-midi. Ne réponds pas au téléphone, j’ai averti par sms nos amis que nous allions bien, les autres on s’en fout. Tout le monde se concentre sur les élections maintenant.
ELISE
Ne me parle pas des élections. Ne me parle plus jamais politique, tu as compris ?
ROMAN
Il ne faut pas exagérer ni tout mélanger !
ELISE
Tu dis un mot de plus sur les élections ou la politique, je fais mes valises et je vais habiter au milieu de mes vignes dans le mas, j’ai les clés. Tu as entendu ?
ROMAN
Ok, mais alors ne me parle plus de tes vignes qui appartiennent aux Chinois d’ailleurs, maintenant.
ELISE
Tu peux compter sur moi. Je vais chercher Danny au commissariat. Charlie nous appellera ce soir il suffit d’attendre. Tu peux aller faire ton tour des bureaux de vote.
Elle sort.
ROMAN (resté tout seul)
C’était mon intention il parait que le taux de participation est en train de battre tous les records. Mais quelle furie Elise ce matin ! Je comprends le choc ; j’ai cru qu’on allait revivre le bataclan. Heureusement la détermination des deux maîtres d’hôtel a bouleversé les plans de ces racailles. On ne sait pas ce qu’ils avaient comme intention finale. Quel bordel ! Tous sous les tables après les coups de feu et les cris, bordel les cris des femmes stridents et les Chinois qui renversaient les tables et balançaient les bouteilles. Un souk ! Un souk ! Et ils courent toujours ces salauds. A mon avis les mecs du RAID ne vont pas leur faire de cadeau. Bon allons voir nos amis qui surveillent les bureaux de vote.
Acte V SCENE 3
ELISE (devant la boulangerie)
Danny qu’est-ce que tu fais là ? Ton père m’a dit que tu en avais pour tout l’après-midi avec l’interrogatoire des flics.
DANNY
Non maman ils m’ont fait voir une dizaine de portraits et comme ils étaient cagoulés les malfrats je n’ai reconnu personne. Je devrais revenir néanmoins demain pour écouter des enregistrements de voix.
ELISE
Ok, collabore et après fiche le camp d’ici. Tu vas le prendre ce job à Rambouillet ?
DANNY
J’hésite.
ELISE
Ah oui ? Tu aimes ta vie de poireau ici ? Reste ici à compter les marches d’escaliers de la fac en buvant des bières.
DANNY
Comment tu me parles ! Tu es énervée ? Je ne t’ai rien fait !
ELISE
Tu ne vas pas faire le tour des bureaux de vote avec ton père ?
DANNY
Non c’est plié depuis longtemps on va gagner comme d’habitude.
ELISE
Ah oui ? Compte là-dessus mon petit ! Tu risques d’avoir la surprise du chef, tu n’as pas analysé l’impact que peut avoir l’affaire d’hier ?
DANNY
Oui, quelques électeurs vont virer à droite et après ?
ELISE
Vous allez prendre une claque historique, la gauche.
DANNY
Pourquoi dis-tu « vous » ?
ELISE
Parce que je n’en peux plus de ton militantisme facile.
DANNY
Facile ? Tu sais bien que non depuis le temps. Et vous, vous avez viré à droite parce que ce mariage est annulé à cause de quelques connards ?
ELISE
Tu n’as rien compris, vous êtes bornés ton père et toi, et regarde-toi, pendu au coup de pouce de ton député magouilleur.
DANNY
Je ne vais pas le prendre ce boulot.
ELISE
Enfin une bonne nouvelle ! Et qu’est-ce que tu vas faire monsieur l’artiste militant ?
DANNY
Tu le verras !
ELISE
Eh bien j’attends pour voir, mais je suis ravie.
Acte V SCENE 4 le lundi matin
TANGJU
Merci madame, merci de me recevoir.
ELISE
Bonjour Tangju, je vous croyais parti en fait sinon je vous aurais appelé ; comment allez-vous et comment vont votre père, toute votre famille et vos amis, après ce désastre ? Dont je m’excuse encore, j’ai tellement honte pour nous pour notre pays.
TANGJU
Merci madame, tout le monde va bien et ils sont tous contents de rentrer. Je suis resté pour les formalités et pour récupérer les papiers et bijoux qu’on a retrouvés, presque tous heureusement. Nous devons évoquer le futur, madame, pardonnez-moi en avance ce que je vais vous dire. Je vous aime beaucoup, madame, désolé.
ELISE
Je vous écoute Tangju ! Que voulez-vous me dire ?
TANGJU
Nous allons faire le mariage à Shangaï. Mon père a décidé : terminés les investissements en France. Il fait les papiers pour annuler l’opération des vignes. Il donne tout à vous et Danny. Il paye tous les frais. Charlie reste avec moi en Chine. Elle ne reviendra jamais en France. Nous sommes déshonorés ici et en Chine. Nos enfants seront nationalité chinoise only. Vous êtes invités au nouveau mariage au printemps et quand vous voulez, vous venez vous et votre famille. Rien n’est négociable. Charlie est ok.
ELISE
Ma fille ne reviendra jamais en France ?
TANGJU
Jamais. Ni elle, ni personne de ma famille. Nos amis ont décidé aussi même chose, et peut-être plus que nos amis, beaucoup de Chinois. Merci d’informer votre famille, je dois partir à l’aéroport.
ELISE
Tangju, dites à votre père que j’ai du respect pour sa décision, mais, ma fille, ma fille, quelle punition ! Je n’accepte pas.
TANGJU
Pas négociable madame, et Charlie est d’accord. Bonjour à Danny, il a du travail maintenant s’il veut. Je crois qu’il est intelligent mais courageux je ne sais pas. Vous courageuse ! Aurevoir, see you in China. Bye Bye.
Acte V SCENE 5 ( dans la maison toujours, au salon)
ROMAN
Ces bagages… ?
ELISE
Je pars je vais habiter au Mas puisqu’il est de nouveau à nous, Tang nous rend ses parts à Danny et à moi. Il ne veut plus remettre les pieds en France. Charlie et Tangju non plus, au passage, je t’informe.
ROMAN
Tu quittes la maison après ce désastre de mariage ?! Et ce désastre des élections par-dessus le marché !
ELISE
Je me fous de tes élections. J’achète deux chiens de garde, préviens-moi avant si tu veux passer me voir au mas. J’ai deux fusils aussi et des balles, puisqu’on n’est plus en sécurité dans ce pays. Et je sais m’en servir des fusils comme un vigneron qui garde ses raisins, fais gaffe.
ROMAN
Tu exagères, tu pars sous le coup d’une émotion, réfléchis un peu !
ELISE
Non mon ami, radicale, comme les Chinois qui ne mettront plus jamais les pieds en France !
ROMAN alors que DANNY arrive
Danny, tu es au courant pour ta mère ?
DANNY
Quoi encore ? j’ai du mal à suivre.
ROMAN
Elle quitte la maison !
ELISE
Parfaitement. Tu le prends Danny ce job de merde à Rambouillet ou tu veux essayer de travailler dans tes vignes ?
DANNY
Quoi ? Mes vignes ?
ROMAN
Le Chinois nous a rendu les vignes, il paraît.
ELISE
Nous a rendu les vignes à Danny et à moi. Toi tu continues à compter les adhérents de ton parti qui rendent leur carte, tu continues à discuter, tu restes en ville, tu te débrouilles, nous on va bosser nos vignes si Danny veut bien se faire des ampoules aux mains.
DANNY
Un peu que je marche, c’est génial !
ROMAN
Et la politique ? Tu vas parler aux oiseaux dans TES vignes ?
DANNY
Papa on s’est pris une raclée aux élections ; les assistés de gauche ont voté à droite. Finie la division des classe populaires. Tu ne comprends pas ? Tous les petits unis contre la caste. On ne veut plus recevoir de leçons. On nous a piégé on nous a divisé artificiellement, entre gentils de gauche et fachos de droite et pourquoi ? Pour que la caste des ploutocrates et des grands serviteurs des médias et de l’Etat continue à se partager les pouvoirs et les pantoufles. A crédit en plus et la dette au petit peuple.
Les subprimes qui a trinqué ? La guerre en Irak qui a trinqué ? La crise grecque qui a trinqué ? La guerre en Ukraine qui trinque ? Le Mercosur qui va trinquer ?
Davos Soros tu connais non ? Education des leaders de demain ! Tu en as entendu parler ? Eh bien maintenant c’est « tous ensemble contre les leaders non élus par le peuple » et contre Bruxelles, et sa mondialisation heureuse.
On ne veut pas devenir des pousseurs de caddy décervelés et soumis.
L’ennemi commun c’est l’ennemi intérieur, c’est Bruxelles, c’est la caste mondialisée, tes patrons.
Le nombre c’est nous ! Le peuple ne fait qu’un. Et nous virerons tous les représentants de la caste. Ça va bouger.
ROMAN
Dis donc ? ! Mais d’où tu sors ce discours de facho ? Quelle analyse de haut vol ! Tu as été endoctriné quand et par qui ? Tu rejoins le camp anti-immigrés tant que tu y es ?
ELISE
Il ressort son disque rayé. Il n’a rien compris ! Laisse tomber Danny.
DANNY
Fini papa la grosse ficelle du clivage entre bons et méchants. Depuis des années tu me traînes dans tes discussions progressistes. Mais qui fout le bordel ? Ta caste qui a perdu tout bon sens minimal, et qui fait souffrir le peuple, pendant qu’elle se gave ? Tes grands chefs de gauche se goinfrent dans tous les fauteuils de la république alors que nous de gauche ou de droite, les petits citoyens, les moyens, on trinque avec toujours moins de pouvoir d’achat, toujours moins de services publics dignes de ce nom.
ROMAN
Oui et toujours plus d’allocs pour nourrir les chômeurs comme toi !
DANNY
Justement parlons-en ! Plus il y a de misère plus il faudrait dire merci et naturellement continuer de voter à gauche pour toujours plus d’allocs, d’aides, de subventions. Et comme ça on nous tient par le ventre et on vote à gauche.
Mais la question est : pourquoi tant de pauvreté et de services publics à la dérive et d’entreprises à l’encan, hein pourquoi ?
Parce que des incompétents dirigent, des branleurs qui s’occupent de la planète avant de s’occuper de leur peuple.
Même l’insécurité est une stratégie pour nous faire oublier la merde économique dans laquelle nous sommes, mal logés, mal nourris, mal soignés mal éduqués nos enfants, précarisés nos boulots payés au smic et ce, qu’on soit de gauche ou de droite. Alors maintenant, immigration ou pas immigration : un seul peuple, un seul mot d’ordre : dégage la caste. Vos médias officiels, sont criminels : ils cachent la réalité, mais la réalité ? C’est La Mirande 4 étoiles au compteur pour la caste, quatre cents balles la nuit, une étoile au Michelin pour des repas à 250 euros par personne pour la caste française ou étrangère et un beau braquage par les voyous en liberté.
Et elles sont où tes prisons ? C’est maintenant le peuple de gauche ou de droite qui a peur, qui s’emprisonne lui-même tellement il y a d’agressions, c’est le peuple qui paye des impôts pour payer la police qui est ridiculisée par la justice, et le peuple donc qui a peur et qui veut se protéger paye donc deux fois : l’impôt pour les flics et la justice et les abonnements à Verysure à 50 euros par mois, putain, mensualisé comme les impôts ! Un cambriolage toutes les deux minutes dans ton enfer de gauche. Tu as de la chance que je ne rentre pas dans la police après ce qui nous est arrivé ! Une honte ! Ah la gueule que tu ferais !
ROMAN
Et pour toi, personnellement tu y as pensé à ton futur boulot en dehors du rêve de ta mère ou tu restes à Avignon à Pôle emploi ?
DANNY
C’est fini l’argent gagné à ne rien faire, ou les gâches syndicales style Rambouillet, je vais m’y mettre au travail, comme Ahmed et pas question d’entretenir ton système. Je ne vais pas payer beaucoup d’impôts je peux te le dire !
ROMAN
Ah bon la fraude fiscale maintenant ?
DANNY
Non le sevrage de tes potes : le fric que l’on prend aux uns qui bossent dans la précarité pour le redistribuer aux autres maintenus aussi dans la précarité par la déresponsabilisation, tu sais, la fameuse redistribution eh bien sans moi !
ROMAN
Tu ne les as pas rendues tes indemnités de chômage sans avoir jamais travaillé que je sache ?
DANNY
Non mais j’ai compris que la précarité économique, matérielle, psychologique, c’est le fonds de commerce de ta caste. La redistribution ? ! C’est le résultat de l’incompétence d’abord, du détournement de fonds par les taxes et l’impôt que subissent les survivants économiques ensuite, et au total du clientélisme criminel qui vous maintient au pouvoir.
ROMAN
Et tous les fragiles qu’on aide tu en fais quoi avec ta dialectique ? Tu les jettes dans le Rhône ?
DANNY
Non tes « fragiles » toujours plus nombreux, la faute à qui ? On claque tellement de fric à entretenir l’irresponsabilité, la bureaucratie, les rentiers du système, les étrangers en situation irrégulière, les émigrés clandestins, qu’il n’y en a plus pour nos fragiles justement ou même nos pas fragiles : six mois d’attente pour un dépistage du cancer du sein elle est jolie ta prévention.
Les classes populaires, cocus de gauche ou de droite qui marnent, et se font pomper sans recevoir en retour des services dignes de ce nom eh bien elles en ont marre, et le coup du cordon sanitaire contre les fachos, tu l’as constaté dimanche, c’est fini. C’est fini cette arnaque idéologique au profit de la caste, on va crever l’abcès. Votre clientèle y compris les travailleurs est asservie aux aides, mais elle veut vivre en toute dignité de son travail et non plus courir vers toujours plus d’assistanat conséquence de votre incompétence et de vos trahisons.
ROMAN
Rassure-moi, tu ne vas pas m’envoyer à la campagne comme les khmers rouges ?
DANNY
Rigole, mais le bon temps est fini. Il va falloir la gagner sa croûte.
ROMAN
Parce que je ne la gagne pas ma croûte ?
DANNY
Si, mais à la sueur de la caissière de supermarché. Tu veux comparer ses heures de travail aux tiennes ?
ROMAN
Mais tu deviens communiste carrément ?
DANNY
Rien à voir, trop d’intellos, trop de planqués dans ce pays, trop de misère, trop de boulots difficiles mal payés, trop de bureaucratie, trop de fraude sociale dans ce pays, trop d’impôts, trop d’Europe, trop de drogue, trop de dette, trop d’intervention publique sauf là où il le faut. 60 milliards d’intérêts versés aux prêteurs chaque année ! On va s’occuper de remettre la France et les Français au milieu du monde et non le contraire. Tu comprends ? Bruxelles c’est fini. Von der Layen, c’est fini. L’Ukraine c’est fini. L’Algérie c’est fini. La cour de justice européenne c’est fini. Le conseil constitutionnel c’est fini. Les décisions des Français ignorées c’est fini. L’impunité des malfrats c’est fini. Les assassins mieux traités que les victimes, c’est fini. Le Rafale restera français, l’Allemagne peut aller se faire foutre ! Le Mercosur c’est fini. Les minorités c’est fini. Arte c’est fini, la 2 c’est fini, la 5 c’est fini, France TV c’est fini. Les leçons c’est fini. Tu piges ?
ROMAN
Tu es un grand malade mon fils, il est malade ton fils Elise, il est tombé dans une marmite d’extrême droite ! Mais je comprends que vous me lâchez dans la tempête, après avoir bien profité du beau temps.
Elise prend ses valises et à Roman :
ELISE
Roman, mon beau temps depuis trente ans, ça été 50 heures par semaine payées 35 et levée tous les jours à 6 heures, pendant que tu ramais pour la caste. Continue, tu as raison mon beau bien-pensant, généreux avec le pognon des autres.
Et à Danny :
Danny, ça suffit, ils ne reconnaîtront jamais qu’ils se sont plantés ; la gauche c’est une maladie mentale je m’en suis rendu compte trop tard. Tu as de la chance d’avoir compris si tôt. Je t’attends au mas. Viens quand tu veux, mais préviens comme je te l’ai dit.
Et à Roman
Roman j’oubliais, un dernier mot : j’ai démissionné donc ne compte plus que sur ta paye. Je te laisse la maison encore six mois pour tes réunions, après RB and B pour les festivaliers, et donc cherche toi un logement, tu verras c’est facile avec toutes les aides. Un autre conseil : commence à économiser si tu veux aller voir ta fille en Chine. Et toi (s’adressant à Danny) pas d’herbe au mas ou je te fais bouffer par les chiens, de droite les chiens, bien entendu.